"Lutter contre les produits de santé de mauvaise qualité en période de Covid-19 et au-delà : nécessité d'une approche multipartite" | Enabel - Belgisch Ontwikkelingsagentschap

Lutter contre les produits de santé de mauvaise qualité en période de Covid-19 et au-delà :

DE LA nécessité d'une approche multibailleurs

Un évènement parallèle à l’occasion de la 30e Commission pour la prévention du crime et la justice pénale

Divider text here
Contexte

Selon les estimations de 2017 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 10,5 % des produits médicaux disponibles dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI) sont « de qualité inférieure ou falsifiés » (QIF). Si les produits de santé de qualité inférieure sont approuvés par les autorités nationales de régulation, ils ne sont toutefois pas conformes aux normes adéquates en raison d’erreurs non détectées, de négligence ou de mauvaises pratiques de fabrication, transport ou stockage. Dans certains cas, il se peut même qu’ils soient associés à de la corruption. En revanche, les produits médicaux falsifiés résultent toujours d’une fraude criminelle. De récentes analyses réalisées par l’Université d’Oxford suggèrent que la pandémie de COVID-19 a entraîné une véritable explosion de produits de santé QIF, tout particulièrement pour ce qui est des vaccins.

L’accès universel à des produits de santé de qualité, y compris pour les communautés vulnérables dans les PRFI, est une priorité pour la Belgique. Ainsi, les personnes mettant en œuvre à l’étranger des programmes médicaux financés par la Belgique sont priées explicitement de garantir la qualité des produits achetés ; quant à notre pays, il promeut désormais activement une approche similaire pour d’autres donateurs européens. En 2020, la Belgique a soutenu une résolution, approuvée par la dixième Conférence des États parties (COP10) de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée (Convention CTO), qui vise à prévenir et à combattre la fabrication et le trafic de produits médicaux falsifiés.

Dans le droit fil des priorités belges, les produits médicaux QIF sont également une priorité pour Enabel. Pendant la crise du COVID-19, Enabel a aidé les ministères de la Santé à se procurer des produits médicaux de qualité liés aux soins en matière de COVID-19. Outre cette situation d'urgence, Enabel appuie aussi sur le plus long terme les systèmes nationaux d'approvisionnement en médicaments en RDC et en Mauritanie.

Évènement parallèle belge

Le 17 mai 2021, la Belgique a parrainé un évènement parallèle lors de la trentième session de la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale, intitulé « Lutter contre les produits de santé de mauvaise qualité en période de COVID-19 et au-delà : de la nécessité d’une approche multibailleurs ». Cet évènement a été coorganisé par l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers et par l’Agence belge de développement Enabel.

Des intervenant·es du monde universitaire et d’agences de réglementation en Afrique ont souligné l’importance de s’attaquer aux produits médicaux de mauvaise qualité et falsifiés au moyen d’approches réglementaires et répressives.

Raffaella Ravinetto, chercheuse à l’Institut de Médecine Tropicale, a souligné la nécessité d’un environnement juridique et réglementaire informé en matière de santé publique, afin de prévenir et de détecter les produits de santé QIF. Elle a rappelé que ces produits résultent de l’interaction entre les sociétés, les économies et les comportements. Il nous faut en conséquence décourager la production et la fourniture de produits de santé QIF, tout en soutenant les systèmes de santé afin de garantir l’accès à des produits de santé abordables et de qualité à tous les niveaux de la société.

Paul Newton, professeur au Centre for Tropical Medicine & Global Health de l’Université d’Oxford, a décrit les connaissances actuelles sur les produits de santé QIF dans le domaine du COVID-19, notamment des cas de remdesivir falsifié, de contamination au méthanol dans le désinfectant pour les mains, et 94 rapports provenant de 32 pays sur des vaccins COVID-19 détournés ou encore QIF. Il a souligné qu’une iniquité d’accès risque fort de se solder par une hausse de ces incidents, et que la falsification des vaccins à l’aide d’adultérants nocifs pourrait provoquer des flambées d’effets secondaires inattendus, avec des répercussions désastreuses sur l’hésitation à se faire vacciner.

Mojisola Christianah Adeyeye, Directrice générale de la National Agency for Food and Drug Administration and Control nigériane, a rappelé que, si une infrastructure de santé fiable et bien développée est vitale pour chaque pays, garantir l’accès à des produits de santé de qualité l’est tout autant. Elle a présenté la manière dont le Nigéria aborde le problème des produits de santé QIF depuis une vingtaine d’années : en renforçant la réglementation nationale et la surveillance réglementaire dans le pays et dans les pays d’où sont importés quelque 70 % des médicaments, et en encourageant la coordination entre les autorités réglementaires, les organisations internationales, les fabricants, et les agences de santé publique et les organismes chargés de l’application de la loi.

Daphney Mokgadi Fafudi, responsable de la conformité réglementaire à la South African Health Products Regulatory - SAHPRA, a présenté les statistiques nationales relatives aux produits médicaux QIF, ainsi que les parties prenantes impliquées dans la lutte contre ces produits. Elle a insisté sur la nécessité d’un système d’alerte électronique en direct, de poursuites en temps utile contre les producteurs de produits médicaux QIF (y compris les ventes en ligne) et d’une collaboration internationale, y compris le partage en temps utile de ressources et d’informations permettant de sauver des vies et le transfert des compétences associées. Elle a rappelé que l’accès à des produits de santé de qualité est une exigence morale pour l’humanité.

Aboubacry Amadou Ba, Directeur des pharmacies et laboratoires en Mauritanie, a rappelé que les produits de santé QIF sont néfastes pour les individus, les communautés et les systèmes de santé, et que les populations des pays à ressources limitées en sont les premières victimes, en raison du manque de ressources et de la coordination internationale limitée pour les combattre. Il a souhaité que cet évènement parallèle soit l’occasion d’aborder la question de la collaboration multibailleurs, comme moyen de trouver des solutions durables au problème des produits de santé de mauvaise qualité en période de COVID-19 et au-delà.

Un consensus général s’est dégagé sur le fait qu’un cadre juridique et réglementaire plus solide est nécessaire pour atténuer l’impact des produits de santé QIF à travers un renforcement de la capacité nationale et internationale à les prévenir, les détecter et réagir face à ceux-ci. Toutefois, les autorités réglementaires et les organes d’application de la loi ne doivent pas agir séparément : s’ils ont des mandats, des compétences et des domaines d’intervention différents, il existe aussi des chevauchements et une complémentarité dans leur travail concernant les produits de santé QIF. Il y a dès lors lieu d’encourager et de promouvoir le partage d’informations et la collaboration.

Il est également à espérer que la crise du COVID-19 stimulera une plus grande collaboration internationale et une action collective sur les produits de santé QIF. Cela implique une réglementation plus stricte, notamment par le biais d’initiatives d’harmonisation de la réglementation des médicaments en Afrique et de l’Agence africaine des médicaments en pleine évolution, des poursuites rigoureuses contre les produits de santé falsifiés, une plus grande coordination entre les agences internationales et les agences des Nations Unies, et un meilleur partage des informations (par exemple, concernant les alertes médicales ou la recherche fondée sur des preuves à des fins d’élaboration de politiques).

RESTEZ INFORMÉ

Divider text here
Suivez nos actions ainsi que les dernières tendances 
en matière de coopération au développement.