« Nous avons pu mettre en place un système de suivi sanitaire efficace et de qualité »

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Cinq questions à Etienne Mugisho
Expert du Projet d’appui au système national d’information sanitaire au Burundi.

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En quoi consiste exactement le programme pour lequel vous travaillez actuellement ?

Ce programme, qui a commencé en 2012, avait deux objectifs principaux. D’une part, mettre en place un système numérique de récolte et de traitement des données sanitaires auprès des différents établissements de soins du pays afin de disposer de données fiables et pertinentes sur la situation sanitaire dans le pays. D’autre part, digitaliser les processus de soins dans les hôpitaux.

Avant notre intervention, les informations médicales étaient inscrites manuellement dans des registres. Lorsqu’elles étaient inscrites, du moins. En effet, il y avait d’une part des erreurs et des oublis, et de l’autre un problème de budget puisque les établissements de soins devaient acheter ces registres avec leurs propres fonds. Tous les mois, un rapport était envoyé dans la capitale, où les informations sanitaires étaient traitées manuellement. Informatiser et automatiser ces traitements a permis de rendre les données plus fiables et d’en disposer plus rapidement.
Combien d’établissements étaient concernés par ce projet ? 

Les soins de santé au Burundi sont organisés sur un modèle de première ligne et de deuxième ligne. En première ligne, nous avons les centres de santé. C’est là que les patients doivent en principe se rendre lorsqu’ils ont un problème de santé. Si la pathologie le requiert, le centre de santé réfère les patients à l’hôpital dont il dépend. Il y a aujourd’hui près de 60 hôpitaux et 960 centres de santé répartis à travers le pays. Ils sont aujourd’hui tous équipés de tablettes et d’ordinateurs, mais ce n’est pas tout.

Au Burundi comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, la distribution d’électricité est sujette à de nombreuses coupures et délestages. Pour que le système soit efficace, il fallait aussi trouver une solution pour assurer une alimentation continue en électricité. Plutôt que d’opter pour des groupes électrogènes, nous avons choisi le photovoltaïque. Tous les établissements de soin sont aujourd’hui équipés d’une source d’énergie; ceux que nous avons informatisés disposent de kits photovoltaïques qui permettent d’alimenter en électricité un serveur et quelques ordinateurs et tablettes.
« Aujourd’hui, les autorités sanitaires du Burundi disposent en temps réel de données exhaustives et fiables sur la situation sanitaire dans le pays. »
Cela représente un fameux défi logistique?

Bien sûr, mais nous avons aussi pu compter sur des prestataires externes pour cette installation. En fait, je pense que le plus difficile n’a pas été d’organiser la distribution des outils nécessaires, mais bien d’assurer l’adoption du nouveau système. Changer les habitudes est toujours un défi. D’autant qu’en parallèle ce système a permis de digitaliser une série de processus métiers.

Cela dit, je m’attendais à une forte résistance des médecins à l’adoption du nouveau système, car c’est ce qui ressort des expériences menées dans d’autres pays. Au Burundi, cela n’a été que très rarement le cas. Au contraire, beaucoup de médecins étaient ravis. Grâce à ces nouveaux outils, ils pouvaient consulter le dossier médical complet de chaque patient sous forme électronique, au lieu de devoir partir à la recherche de documents épars. Cela a grandement facilité leur travail, et ils ont donc pour la plupart été les plus ardents avocats du changement.
Nous arrivons cette année à la fin du projet. Quels sont les résultats engrangés ?

Aujourd’hui, les autorités sanitaires du Burundi disposent en temps réel de données exhaustives et fiables sur la situation sanitaire dans le pays. C’est un outil précieux pour coordonner l’organisation des soins de santé dans le pays. D’une part, nous pouvons évaluer plus précisément les besoins, puisque nous disposons de données sur les pathologies traitées. D’autre part, nous pouvons aussi comparer les données des différents établissements et identifier les zones où la population se montre plus réticente à se rendre dans un centre de soins. Cela nous permet donc de rechercher les causes de cette désaffection et de tenter d’y remédier.  

Par ailleurs, les autorités burundaises peuvent aujourd’hui lutter plus efficacement contre les épidémies. Le système d’information sanitaire permet en effet de surveiller en permanence une vingtaine de maladies à potentiel épidémique, comme le choléra, la fièvre jaune et Ebola. Si un patient se rend dans un centre de soins ou un hôpital et présente les symptômes d’une de ces maladies, les autorités sanitaires sont averties quasi en temps réel et peuvent prendre rapidement les mesures adéquates pour circonscrire l’épidémie potentielle.

Enfin, ce système est également précieux en matière de prévention: nous disposons par exemple de statistiques précises sur la proportion d’enfants burundais de moins de 5 ans qui suivent un programme de vaccination ou de femmes enceintes qui viennent en consultation prénatale et/ou qui accouchent en milieu de soins.
Comment assurer la pérennité de ce qui a été mis en place ?

C’est une question que nous nous sommes posés dès le début du programme. Une des pistes est l’autofinancement. Nous avons constaté que cette informatisation a permis un meilleur traçage et une meilleure perception des recettes dans les établissements de soin. Nous avons donc pu peu à peu persuader les gestionnaires de mettre une partie de ces revenus supplémentaires pour constituer une provision pour l’entretien et le remplacement du matériel. Mais ce n’est pas encore suffisant.

Heureusement, l’Union européenne a lancé un appel à projets pour organiser un programme de 3 ans centré sur la résilience de la population burundaise par un renforcement de ce qui fonctionnait bien, dont ce projet de digitalisation. Enabel a répondu à cet appel et a été sélectionné. Nous allons donc pouvoir poursuivre le travail de consolidation de ce que nous avons entamé.

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