« POUR UN SECTEUR DE L'ÉLEVAGE DURABLE, NOUS DEVONS CRÉER UN SOUTIEN PARMI LES COMMUNAUTÉS LOCALES »

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Cinq questions à Saa Gado
Experte genre et animation sociale pour le Programme d’appui au développement de l’élevage au Niger.
© Enabel au Niger - Saa (devant à gauche) prend la parole lors d'une réunion de village.

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Pouvez-vous nous décrire les enjeux du programme auquel vous participez ?
  
Au Niger, le secteur de l’élevage et même de l’agriculture est encore largement traditionnel, et permet difficilement d’accroître la production. À cela se greffe une autre spécificité : au Niger, l’élevage est traditionnellement nomade, ou semi-sédentaire. Chaque année, au moment des transhumances pendant la saison hivernale, des tensions émergent entre cultivateurs et éleveurs, car les récoltes n’ont pas encore eu lieu et il y a donc compétition à la fois pour les terres et pour l’eau. Apaiser ces tensions entre éleveurs et cultivateurs est dès lors essentiel pour permettre à chacune des filières d’accroître sa productivité. 

Le programme de développement de l’élevage « Kiyo Arziki » (en langue haoussa, cela signifie littéralement « l’élevage, c’est la richesse »), auquel je participe, ambitionne d’accompagner les populations impliquées dans les activités liées à l’élevage familial dans les régions de Tahoua et Dosso pour rendre les systèmes de l’élevage plus résilients, durables et performants. 

D’une part, nous devons travailler avec le gouvernement et les éleveurs pour identifier des pistes de développement des filières d’élevages qui soient à la fois porteuses d’un accroissement de la production, mais aussi respectueuses du mode de vie nomade. D’autre part, nous contribuons à l’aménagement des couloirs de passage et des aires de pâturage, ainsi qu’à la construction d’infrastructures comme les puits pastoraux, les stations de pompage et les complexes intégrés de commercialisation et d’abattage de la volaille. D’une durée de quatre ans, ce programme se trouve actuellement dans sa deuxième année de mise en œuvre. 
« Afin d'augmenter la production dans l'agriculture et l'élevage, les tensions entre les agriculteurs et les éleveurs itinérants doivent être réduites »
© Enabel/Tim Dirven
Comment se déroule concrètement cette mise en œuvre ? 

Dans un premier temps, nous avons travaillé à l’identification des filières porteuses pour l’élevage. C’est là un travail complexe, car il faut trouver en permanence un compromis entre les débouchés possibles et la faisabilité sur le terrain. 

Nous savons par exemple qu’il existe un potentiel pour la reproduction, mais il présente beaucoup d’obstacles, notamment les questions liées à la santé animale : nous savons aujourd’hui qu’il y a un taux trop élevé de maladies chroniques et un taux de mises bas inférieur à la normale. Améliorer l’hygiène et le suivi des femelles gravides et des petits, d’une part, et lutter contre les maladies chroniques, de l’autre, sont des actions indispensables pour aider les éleveurs à diminuer la mortalité et donc à accroître leur production. Attention, nous ne partons pas d’une feuille vierge ! Le programme a mis à contribution des études déjà menées par d’autres partenaires au Niger ou dans des pays où la situation est similaire. Nous avons par exemple retrouvé plusieurs études sur les races de caprins et de bovins les plus résistantes et les mieux adaptées au mode de vie nomade.  
© Enabel/Tim Dirven
Cette phase est aujourd’hui terminée, donc vous passez à la réalisation ?  

Avant de nous lancer dans la réalisation, nous devons d’abord requérir l’adhésion des communautés locales bénéficiaires. Notre programme a travaillé en étroite collaboration avec les services techniques déconcentrés de l’État et les mairies concernées. La première étape a été de prioriser les infrastructures en lien avec les trois filières prioritaires : bétail sur pied, lait et aviculture. 

La deuxième étape consiste en un travail d’ingénierie sociale. Ce travail commence par l’information et la sensibilisation des populations bénéficiaires, non seulement autour du programme en général, mais aussi des ouvrages à réaliser et des bénéfices qu’elles apporteront à tous. Ensuite, nous procédons à l’identification et à la clarification du statut foncier de chaque infrastructure, pour terminer par la signature des accords sociaux. Ces derniers fournissent une protection juridique aux réalisations envisagées, afin que nous puissions les mettre en œuvre sans risque de contestation ou d’opposition.

C’est le rôle de l’animation sociale, dont je suis responsable dans la région de Dosso. Pour vous donner un exemple concret : pour baliser un couloir de passage, il faut s’assurer que tous les villages riverains sont d’accord, acceptent l’aménagement et s’engagent à participer pleinement au processus. L’idée est de leur montrer les bénéfices de disposer d’un couloir sécurisé : si un couloir est balisé et que les éleveurs s’engagent à respecter ces balises lors du passage des animaux, les cultivateurs ont la certitude de ne plus voir de troupeaux traverser leurs champs. En échange, ils doivent bien sûr également respecter les règles en évitant de cultiver dans le couloir de passage. Nous travaillons aussi à mettre en place des comités de gestion des infrastructures pastorales avec les éleveurs et les agriculteurs, ainsi qu’avec tout autre acteur concerné par ces ouvrages.  
« Les réunions générales de village réunissent les bergers, les agriculteurs, les autorités administratives et traditionnelles. Chacun peut y donner son avis. Cela se traduit par des accords sociaux locaux. »
Ces sujets sont débattus au cours des assemblées générales villageoises où éleveurs, agriculteurs, autorités administratives et traditionnelles (hommes, femmes, jeunes) sont présents, et où tout le monde s’exprime. Leurs engagements, et les accords issus de ces assemblées villageoises sont matérialisés dans un accord social qui est expliqué en langue locale aux chefs de villages, en présence des populations qui en sont les signataires. Une fois que l’accord de tous sur le contenu du texte est exprimé, les chefs de villages signent le document, qui est ensuite soumis à la signature des maires des différentes municipalités.

C’est un parcours qui demande beaucoup de persévérance et de diplomatie. Dans certaines communautés, il existe déjà des conflits ouverts, qui rendent les choses plus difficiles : il faut susciter le dialogue pour amener toutes les parties à comprendre que c’est positif pour elles. En tant que femme, c’est aussi un défi supplémentaire, car travailler dans le monde pastoral est encore un métier très masculin. Je suis la seule femme dans l’équipe d’expertise technique et souvent la seule dans les assemblées générales villageoises.   
© Enabel/Tim Dirven
Justement, en parlant des femmes, votre mandat implique aussi de favoriser le rôle des femmes et des jeunes. Comment faites-vous ?

Il faut savoir que, dans les villages, les femmes et les jeunes possèdent déjà des lopins de terre qu’ils exploitent pour l’élevage familial. Femmes et jeunes sont donc forcément aussi impliqués dans les questions de gestion de l’espace commun. En fin de compte, obtenir leur inclusion dans les discussions ne pose pas trop de problèmes : nous demandons à chaque assemblée générale que les femmes et les jeunes puissent assister, donner leur point de vue, faire des propositions. Par ailleurs, du côté de la filière élevage, nous essayons de mettre l’accent sur les groupements de femmes afin de favoriser là aussi un changement positif de mentalité.

Et dans la filière élevage, avez-vous déjà identifié des pistes et lancé des projets pilotes ? 

À l’heure actuelle, nous travaillons sur cinq projets pilotes : un projet relatif à l’embauche avec l’union des groupements de femmes de N’Gonga, dans la commune rurale de Harikanassou ; deux projets d’aviculture moderne à Loga et Niouga dans la commune urbaine de Dosso ; un projet lait avec l’Union Tchipal de Doucthi ; et un projet de boucherie moderne dans la commune de Dosso. 

Nous avons travaillé avec ces cinq promoteurs sur la modernisation de leurs activités. L’idée est vraiment de sortir de l’élevage traditionnel pour augmenter la production en agissant sur la qualité des soins et de l’alimentation, mais en proposant des solutions adaptées à la situation locale. Tout se met peu à peu en place et, pour moi, un élément important sera de partager l’expérience accumulée lors de ce projet, afin que d’autres, au Niger ou ailleurs, puissent s’en inspirer à l’avenir et contribuer au développement de l’élevage moderne, adapté à la réalité du terrain.
© Enabel/Tim Dirven

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