« Un projet d’infrastructure, c’est avant tout des personnes, pas tellement des pierres »

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Cinq questions à Benoit Legrand
Responsable de la cellule Infrastructure et Environnement

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L’infrastructure de base est un des domaines « traditionnels » de la coopération. En quoi les projets d’infrastructure ont-ils changé ces dernières années ? 

Nous intervenons plus qu’avant de manière transversale en soutien à des projets d’éducation, d’agriculture, de santé, etc. Nous travaillons également en milieu urbain, que ce soit pour améliorer les quartiers précaires ou pour mettre en place des logements sociaux. Mais quelle que soit la nature de notre intervention, nous essayons de tenir compte du cadre institutionnel dans lequel elle s’inscrit.

Nous nous efforçons d’accompagner les autorités, qu’elles soient nationales ou locales, et d’améliorer leur formation. Nous travaillons aussi, par exemple, sur les cartes sanitaires et les cartes scolaires, avec pour but d’objectiver les décisions d’implantation en les isolant des pressions politiques. L’idée est d’apporter plus de valeur ajoutée au pays partenaire que la simple infrastructure. Par ailleurs, nous veillons aussi à ce que nos projets profitent à la population locale, au-delà de leurs bénéfices immédiats.


Comment faites-vous pour vous assurer que l’impact d’un projet d’infrastructure dépasse ses bénéfices immédiats ? 

Nous essayons d’insérer chaque intervention dans une dynamique plus large. Par exemple, nous privilégions les solutions qui font appel à de la main-d’œuvre locale. L’idée est de se servir des projets pour former les travailleurs locaux à l’utilisation de techniques qu’ils pourront appliquer dans d’autres contextes après notre départ. Par exemple, pour nos projets au Burundi, nous privilégions l’utilisation de terre crue pressée plutôt que de béton. Ce matériau local offre une meilleure inertie thermique, et permet donc de construire des bâtiments plus frais qui ne devront pas être autant refroidis que des bâtiments en béton.

L’expertise que développent les travailleurs a donc plus de chances d’être exploitée par la suite dans des projets locaux de construction. Ils pourront ainsi continuer à assurer la subsistance de leur famille après l’achèvement de notre projet. Notre argent sert donc deux fois en quelque sorte : une fois pour le projet lui-même, et une fois pour aider à dynamiser le tissu économique du pays partenaire.
Cette façon plus inclusive de gérer vos projets n’est-elle pas plus compliquée à mettre en œuvre ? 

C’est certainement plus complexe que l’ingénierie pure et dure, mais c’est aussi plus efficace. Nous envisageons toujours l’amont et l’aval du projet : si vous voulez stimuler l’emploi local, il faut à la fois travailler sur l’encadrement législatif et réfléchir aux compétences qui seront les plus utiles sur place. Si vous voulez créer de la production décentralisée d’électricité pour stimuler le développement dans les zones plus éloignées, vous devez aussi permettre de connecter cette production au réseau, ce qui implique une adaptation du cadre réglementaire.

Si ce n’est pas possible, vous devez en tout cas vous assurer que le mini réseau sera viable sur le long terme. Et si vous travaillez sur un projet de gestion intégrée de l’eau dans une région, cela implique aussi d’inclure dans votre réflexion les gros consommateurs issus de l’agriculture et de l’industrie, et de redéfinir les priorités de l’ensemble de la communauté afin d’optimiser la consommation d’eau. L’aspect planification et accompagnement prend donc une importance croissante.

Cette évolution nous a par exemple amenés à mettre en place des systèmes d’information géographique, dont l’objectif est de dresser un panorama complet d’une région afin de prendre de meilleures décisions sur la base d’une analyse géospatiale. C’est ce que nous avons fait en Algérie, au Maroc, au Sénégal et au Vietnam.


'Construire une école ou un hôpital, c’est bien, mais ce n’est pas assez. '
Dans le passé, les projets d’infrastructure s’arrêtaient à la fin des travaux. Aujourd’hui, vous insistez sur la nécessité de voir plus loin. 

Construire une école ou un hôpital, c’est bien, mais ce n’est pas assez : il faut aussi faire en sorte qu’après notre départ, le bâtiment soit correctement entretenu, pour qu’il serve aussi longtemps que possible. Autrement dit, inclure dès la conception du projet la nécessité de réduire autant que possible les coûts d’utilisation et d’entretien, et de réfléchir avec les autorités à des systèmes de gestion et de maintenance pérennes. Voilà pourquoi, par exemple, nous accordons beaucoup d’attention à l’efficacité énergétique des bâtiments, afin d’assurer un certain degré de confort thermique sans recourir à l’air conditionné, coûteux en énergie et compliqué à entretenir.

Naturellement, ce souci du long terme, tout comme la nature même des projets d’infrastructure, s’accommode parfois difficilement de la diminution de la durée des projets et des budgets disponibles. En réalité, les problèmes soulevés par les projets de développement sont universels : nous posons les mêmes questions dans nos projets d’infrastructure ici en Europe !
Vous insistez aussi sur l’importance de la mise en réseau des efforts de développement. Qu’entendez-vous par là ? 

En Europe comme dans les pays du Sud, de nombreux universités et centres de recherche travaillent sur les questions de développement. Développer des connexions entre ces institutions et la coopération au développement nous permet d’encourager les universités à privilégier les recherches de doctorat dans nos pays partenaires. Nous pouvons alors nous baser sur leurs travaux pour nos propres projets. Au Vietnam, par exemple, un étudiant a dressé une typologie des maisons traditionnelles et des techniques utilisées dans leur construction. Cela nous a fourni de nouvelles pistes de réflexion pour nos projets d’infrastructure. Joindre nos forces permet de démultiplier notre impact et d’augmenter l’efficacité de nos actions.

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