"L'OBLIGATION DE RESTER À LA MAISON EST TRÈS DIFFICILE, CAR IL faut GAGNER DE L'ARGENT POUR POUVOIR MANGER au jour le jour"

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Cinq questions pour Sandra Galbusera
Représentante résidente au Niger

Le premier cas de Covid-19 au Niger a été signalé le 19 mars 2020. Depuis, 701 personnes au total ont été testées positives au coronavirus. Parmi celles-ci, selon les chiffres officiels, 29 personnes sont décédées et 385 sont guéries (derniers chiffres du 27 avril). Nous avons demandé à Sandra Galbusera, la Représentante résidente d’Enabel basée à Niamey, quelle est la situation sur le terrain.

Nous avons l’impression que l’épidémie s’est stabilisée ces derniers jours, mais, étant donné que nous ne disposons pas de beaucoup d’informations sur la situation dans le reste du pays, nous devons encore faire preuve de prudence. Au sein d’Enabel, quelques cas suspects ont été identifiés et placés en quarantaine, mais leurs tests se sont entretemps révélés négatifs. Une bonne nouvelle donc !

Quelle est la situation sanitaire au Niger ?

Il n’y a dans le pays en tout que 12 anesthésistes, pour un total de 12 hôpitaux. Seules ces 12 personnes savent utiliser les 12 respirateurs existants. À titre de comparaison, la Belgique dispose de plus de 2.000 respirateurs dans les services de soins intensifs. De même, le Niger ne possède qu'une vingtaine d'ambulances équipées de matériel d’oxygénation intégré.

À cela s’ajoute que le contexte propre au pays influe aussi sur la situation sanitaire : les zones frontalières avec le Mali et le Burkina Faso en particulier sont en proie à de graves violences perpétrées par des organisations terroristes, ce qui rend difficile le transport, non seulement de matériel et de personnel médical, mais aussi de patient·es. En ce moment, nous sommes également dans la période de soudure entre deux récoltes : la population a peu à manger, les réserves sont épuisées et nous devons attendre la prochaine récolte. De plus, le ramadan vient de commencer, ce qui pourrait ajouter à la tension.

Comment les gens font-ils face à l'épidémie ?

En tant qu’habitante de Niamey, j’observe deux extrêmes : certaines personnes respectent les instructions et portent des masques, restent chez elles, se lavent régulièrement les mains et travaillent à la maison. Et puis, à l’autre extrême, il y a celles qui font comme si de rien n’était et qui sont persuadées que le confinement dans la capitale a été mis en place pour des motifs purement politiques: des élections auront lieu à la fin de cette année, ce pourrait être un moyen de les reporter.

Depuis la semaine dernière, les jeunes commencent aussi davantage à se révolter contre le confinement en raison de l’interdiction qui leur est faite d’aller à la mosquée. Cela s’est déjà traduit par des affrontements avec la police, des manifestations dans les rues, des maisons et des pneus de voiture incendiés.

Très croyante, la population interprète en effet la situation de deux façons différentes : d’après certain·es, cette maladie est le fait de Dieu et ne touche que les riches Blancs qui voyagent beaucoup ; pourquoi leur vie à eux et elles devrait-elle donc changer ? D’autres personnes, par contre, croient que Dieu veut qu’elles se protègent ; elles respectent donc strictement les règles, tant en matière d’hygiène qu’en ce qui concerne les cérémonies et les usages sociaux.
"Enabel aide à diffuser des messages de sensibilisation par le biais des radios locales au Niger. Ceci ce fait dans les langues locales afin que toute la population soit au courant des précautions à prendre contre le Covid-19"
Photo par Tim Dirven
Que fait le gouvernement nigérien ?

Le gouvernement a très rapidement pris des mesures préventives, avant même la confirmation du premier cas de Covid-19 dans le pays. À Niamey, de grandes affiches de sensibilisation ont été placardées, incitant les gens à se laver les mains, à porter des masques et à respecter d’autres règles d’hygiène encore. Du matériel, dont des masques, a également été distribué et, afin d’enrayer la propagation du virus, certains bâtiments publics ont été complètement désinfectés à plusieurs reprises déjà.

Des mesures ont également été adoptées concernant les soins à prodiguer aux personnes contaminées et un numéro d’appel national a été mis en place afin que toute personne pensant présenter des symptômes puisse bénéficier d’une assistance téléphonique, et, si la situation l’exige, la visite d’une équipe chargée de décider de la prochaine étape : la personne malade peut-elle rester à la maison, ou doit-elle être admise et soignée dans un hôpital ?

Quelles actions Enabel met-elle en place pour appuyer le gouvernement dans sa réponse au Covid-19 ?

Comme dans tous ses pays partenaires, Enabel apporte un appui au plan national de réponse du gouvernement. Concrètement, ici au Niger, cela signifie que nous avons appuyé la coordination de ce plan de réponse. L’équipe en charge de cette coordination se compose aussi bien de personnel des autorités nigériennes que des Nations Unies, de l’UNICEF et d’autres organisations. Ainsi, même si cela peut ne pas sembler important, la distribution d’ordinateurs portables au ministère de la Santé et la facilitation de la communication à distance avec du matériel de vidéoconférence peuvent par exemple simplifier le travail des membres de l’équipe de réponse. Afin, le cas échéant, de lui apporter notre soutien, nous participons également à des réunions de l’équipe : en matière de logistique, nous réfléchissons avec elle à la distribution de matériel et au transport de marchandises, et sur le plan de la communication, nous contribuons à la rédaction de messages de sensibilisation.

Par ailleurs, nous soutenons le personnel médical par le biais de formations à la détection et à la prévention du Covid-19. Nous avons aussi acheté des kits de test pour le laboratoire et des masques, ainsi que d’autres produits tels que du désinfectant et du savon, que nous distribuons dans les régions où nous mettons en œuvre des activités, comme Dosso et Zinder.

Nous avons de même contribué à diffuser des messages de sensibilisation via les radios locales dans certaines communautés. Il est en effet très important que cela se fasse dans les langues locales de chaque région, afin que l’ensemble de la population soit informée des précautions à prendre. Notre intention est également, avec d’autres pays européens, d’acheter du matériel respiratoire qui sera installé dans 5 ambulances, ainsi que 10 respirateurs et 70 concentrateurs d'oxygène à destination des hôpitaux. Ces équipements seront utilisés tant à Niamey que dans d’autres hôpitaux régionaux ayant déjà signalé des cas de Covid-19.
Photo par Tim Dirven
Comment la situation au Niger se compare-t-elle à celle en Belgique ?

À Niamey, le confinement est moins strict : le travail à domicile est encouragé et les enfants en âge scolaire doivent rester à la maison, mais les magasins restent ouverts. Par contre, tous les déplacements entre la capitale et le reste du pays sont interdits. Heureusement, une exception est prévue pour le transport des marchandises. Un couvre-feu a également été instauré dans l’ensemble du pays : personne n’est autorisé à sortir entre 21 h et 5 h.

Si le confinement est très différent de celui décrété en Belgique, il faut aussi se rendre compte que la situation générale est elle aussi très différente. Au Niger, il n’y a pas de filet de sécurité sociale, le gouvernement n’intervenant donc pas lorsqu’une personne se retrouve au chômage temporaire à cause du Covid-19. Il est dès lors très difficile de forcer les gens à rester chez eux, car la plupart travaillent dans le secteur informel afin de gagner de quoi manger chaque jour.
Aussi, ils se rendent tous les jours au marché, et ce, tant pour gagner un peu d’argent que pour acheter la nourriture pour le repas du soir.

Dans la pratique aussi, ce confinement est très dur à vivre : les femmes ont en moyenne 6 enfants, ce qui signifie qu’il n’est pas rare que 10 personnes vivent sous le même toit. Or, les maisons sont beaucoup plus petites qu’en Belgique, et par les températures actuelles, qui oscillent entre 35 et 45 degrés Celsius, il est plus difficile encore de rester entassé·es à l’intérieur. Qui plus est, les Nigérien·nes n’ont souvent qu’un accès limité à l’eau courante, ce qui complique considérablement le respect des mesures d’hygiène. Enfin, il y a aussi les rituels sociaux comme les salutations : ici, il est très important pour les personnes âgées de se serrer la main et les rassemblements cérémoniels sont fréquents, justement parce que les familles sont si nombreuses. Ce sont ainsi souvent facilement de 200 à 300 personnes qui, lors de ces rassemblements, mangent ensemble, logent les unes chez les autres, se saluent... Elles mangent ensemble dans le même plat, et lavent et touchent les défunt·es, ce qui n’est désormais plus autorisé.

Si la distanciation sociale est déjà très difficile en Belgique, elle l’est d’autant plus dans les pays où les familles sont très nombreuses et où les gens vivent beaucoup plus près les uns des autres.
 

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