Tirer parti de l’expertise du secteur public | Enabel - Agence belge de développement

LE SECTEUR PUBLIC, créateur DE PONTS POUR LA COOPÉRATION INTERNATIONALE

Ce que la FIIAPP et Enabel ont à apprendre l’une de l’autre
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De plus en plus  fréquemment, les agences européennes de coopération souhaitent coopérer et partager leur expertise afin d'apprendre les unes des autres. Jean Van Wetter, directeur d'Enabel, a donc rencontré Anna Terrón Cusí, directrice de la FIIAPP, pour échanger des idées et des bonnes pratiques. 
FIIAPP, (l’institution espagnole spécialisée dans la promotion, la mobilisation et le partage de l’expertise publique avec les pays partenaires) n’est pas une agence de coopération classique.

« Elle a, en effet, un mandat à la fois plus large et plus limité. « La FIIAPP a été créée il y a une vingtaine d’années, à l’époque où certains pays d’Europe de l’Est rejoignaient l’Union européenne », nous confie Anna Terrón Cusí, Directrice de la FIIAPP. « L’Espagne ayant été l’un des derniers pays à avoir adhéré à l’UE, les nouveaux venus étaient particulièrement intéressés d’en apprendre plus sur la façon dont nos gouvernements et administrations avaient géré la transition. Aussi nous ont-ils demandé de partager avec eux notre expertise sur la manière de procéder aux réformes nécessaires. C’est à cette fin qu’a été créée la FIIAPP. »

« Notre mandat est toutefois plus étendu : nous avons pour mission de faciliter les échanges d’expertise du secteur public entre l’Espagne et les pays partenaires. En d’autres termes, nous déployons nos activités de coopération dans les pays partenaires prioritaires de l’Espagne, mais aussi dans les pays voisins de l’UE. Ainsi, nous participons actuellement à des programmes de digitalisation du secteur public en Ukraine. »

« Parallèlement, nous mettons en œuvre au Chili, l’un de nos pays partenaires, le programme EUROsociAL+ consacré au changement constitutionnel. Nous formulons des conseils, sur des espaces pour la société civile, à propos des éléments utiles à inclure à la nouvelle Constitution en cours de rédaction. »
Tirer parti de l’expertise nationale
Au fil du temps, la FIIAPP a pris conscience qu’il était plus efficace de mobiliser l’expertise technique de nos secteurs publics, » explique Anna Terrón Cusí.

Une conclusion également partagée par Enabel. Par conséquent, la FIIAPP et Enabel recherchent activement des expertises à différents niveaux du gouvernement, de l’administration et des institutions publiques.

« En effet », déclare Jean Van Wetter, Directeur général d’Enabel, « cela fait quelques années déjà que nous travaillons en tant qu’“enablers”, d’où notre nom. C’est ce que nous appelons des « partenariats public-public ». Lorsque l’un de nos projets dans nos pays partenaires pourrait tirer parti de matières ayant trait au secteur public, nous nous tournons vers les ministères, les administrations ou les institutions publiques belges. »

« Nous cherchons à identifier les personnes possédant l’expertise appropriée et à même d’apporter une précieuse contribution au projet. Celles-ci rejoignent l’équipe de projet en apportant leur expertise, tandis que, de notre côté, nous leur faisons bénéficier de notre connaissance du contexte local, des institutions et du réseau. » 

« Ces échanges entre pairs sont nettement plus efficaces, attendu que les deux parties travaillent dans le même domaine et partagent une vision commune de leurs missions et de leurs défis. Nous élargissons constamment nos partenariats avec les ministères, les institutions, les entreprises publiques et les universités afin de pouvoir mobiliser l’expertise et les relations entre pairs les plus appropriées, et atteindre ainsi les objectifs que nous nous sommes fixés avec nos partenaires locaux. »

« Le développement portuaire constitue, par exemple, une priorité pour le gouvernement béninois qui souhaite ce faisant stimuler le développement économique du pays. Dans cette optique, nous avons demandé à des expert·es de l’Antwerp Port Authority de collaborer avec les autorités à Cotonou pour faire de ce port une plaque tournante du commerce international en Afrique de l’Ouest. »

« Au Burkina Faso, des policier·es belges aident actuellement la police burkinabé à rétablir l’État de droit et à renforcer ses liens avec la population locale. L’Université de Gand et l’Université Catholique de Louvain, de leur côté, coopèrent avec l’Université de Kisangani pour mettre à jour et améliorer les protocoles de prise en charge des victimes de violences sexuelles et de leurs familles en République démocratique du Congo. »
L’Union européenne est fondée sur l’État de droit, des institutions solides et un secteur public qui apporte une valeur ajoutée aux citoyen·nes. C’est sur cela que doit réellement s’articuler notre stratégie en matière de coopération internationale. »
Anna Terrón Cusí- Directrice de la FIIAPP
Au bénéfice du secteur public national
Un aspect intéressant des programmes entre pairs est qu’ils profitent à la fois à la Belgique et à l’Espagne. « C’est un processus bidirectionnel », poursuit Anna Terrón Cusí.

« Les fonctionnaires qui participent à ces programmes rapportent souvent des informations utiles susceptibles d’être ensuite partagées avec leur propre institution et d’améliorer de la sorte le fonctionnement de nos propres services publics. »

« En fait, nous avons la conviction que l’expertise du secteur public est au cœur même des valeurs européennes que nous voulons transmettre. L’Union européenne est fondée sur l’État de droit, des institutions solides et un secteur public qui apporte une valeur ajoutée aux citoyen·nes. C’est sur cela que doit réellement s’articuler notre stratégie en matière de coopération internationale. »

« En outre, les défis à relever étant de plus en plus mondiaux et devant être gérés à l’échelon international, cela nécessite une coopération entre pays en vue d’atteindre des objectifs communs. La mise en œuvre de davantage de projets de partage d’expertise favorisera également cette collaboration. »
Le secteur public, vital pour la coopération
Jean Van Wetter est entièrement d’accord. « Nos projets de coopération revêtent toujours une dimension “secteur public”. En fin de compte, un pays a besoin d’un secteur public fort et sain pour atteindre une croissance durable. » 

L’un des défis dans le cadre de la coopération au développement est que la plupart des projets ont une durée spécifique, généralement de cinq ans, ainsi que des objectifs mesurables. La réforme du secteur public et les projets de transformation peuvent eux prendre plus de temps, et il s’avère parfois plus difficile de mesurer les résultats. »

« Quoi qu’il en soit, nous constatons que nos pays partenaires recherchent de plus en plus l’expertise du secteur public ; nous recevons d’ailleurs de plus en plus de demandes d’autres ministères dans ce sens. Ils se rendent en effet compte que nous disposons de précieuses connaissances, d’un réseau tant en Belgique que dans nos pays partenaires, et des outils nécessaires pour faire bouger les choses. Ils entendent tirer parti de ces atouts pour leurs propres initiatives avec leurs homologues dans nos pays d’activité. »  
Nous constatons que nos pays partenaires recherchent de plus en plus l’expertise du secteur public. Nous recevons d’ailleurs de demandes d’autres ministères dans ce sens. Ils se rendent compte que nous disposons de précieuses connaissances, d’un réseau tant en Belgique que dans nos pays partenaires, et des outils nécessaires pour faire bouger les choses."
Jean Van Wetter, Directeur général d’Enabel
En ce qui concerne la perspective à long terme, Jean Van Wetter estime qu’il serait vraiment bénéfique pour la Belgique qu’Enabel puisse partager son expertise avec le secteur public belge.

« Enabel est perçue comme une agence s’occupant de projets de coopération dans des pays partenaires. D’autres secteurs gouvernementaux n’ont toutefois pas conscience de l’expertise que nous avons ainsi engrangée. »

« Le gouvernement vient tout récemment de dévoiler sa stratégie concernant la facilité européenne pour la reprise et la résilience. Le secrétaire d’État, Thomas Dermine, a souligné que ce plan était l’un des premiers à inclure des indicateurs de performance liés à la croissance durable et à l’inclusion. Cela m’a vraiment frappé, étant donné que nous intégrons des indicateurs liés aux Objectifs de développement durable dans tous les programmes que nous mettons en œuvre avec nos pays partenaires. Comme Anna l’a souligné, nous avons acquis, au fil des ans, une expertise considérable qui serait réellement bénéfique au secteur public belge à tous les échelons. Peut-être que dans une dizaine d’années, nous partagerons plus largement ces connaissances, non seulement en Belgique, mais aussi ailleurs dans le monde. »

Pour Anna Terrón Cusí, c’est exactement la raison pour laquelle c’est une bonne chose que la FIIAPP ait été créée en dehors du giron de l’agence espagnole de développement. « D’emblée, nous n’étions pas limités à travailler avec les pays partenaires jugés prioritaires par la politique de coopération au développement ; en d’autres termes, nous pouvons agir partout où notre expertise s’avère nécessaire, pour autant que ce soit en dehors de l’UE. Cela nous permet, par exemple, de collaborer avec des pays voisins de l’UE. »
Convaincre des expert·es de participer
Anna et Jean s’accordent tou·tes deux à dire que recruter des fonctionnaires pour leurs programmes est l’un de leurs plus grands défis à relever. « Habituellement, ce n’est pas tellement un problème pour les missions de longue durée, car il existe des mécanismes qui rendent possible le “détachement” des fonctionnaires dans une autre administration ou agence publique, puis permettent leur retour », ajoute Anna Terrón Cusí. 
 
« D’un point de vue organisationnel, c’est également un moindre défi pour l’administration dont il·elles proviennent : comme la mission durera deux ans au moins, le département peut être organisé en conséquence. « Les missions à court terme sont par contre plus compliquées, attendu qu’il est plus difficile d’organiser un remplacement pour une durée plus courte. »
« En Belgique, Enabel cherche des solutions dans la législation belge pour faciliter les affectations à long terme pour les fonctionnaires. « Le fait que l’Espagne les ait mis en place est réconfortant et pourrait également nous aider à défendre notre dossier », commente Jean Van Wetter.

Quels que soient les obstacles, tant Anna Terrón Cusí que Jean Van Wetter sont convaincu·es que la tendance à s’appuyer sur l’échange d’expertise entre pairs est là pour durer. Les agences de coopération doivent en effet travailler ensemble et partager leurs pratiques pour y parvenir. 

"Le Practitioners Network au sein duquel nous échangeons avec les autres agences européennes est un premier pas dans cette direction », conclut Anna Terrón Cusí. Tou·tes deux s’accordent à dire que le renforcement des liens au sein et en dehors de ce réseau aidera les agences à faire valoir des revendications plus fortes et à plaider en faveur de changements dans leurs pays respectifs.

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