« Notre rôle aujourd’hui est de mobiliser l’expertise -en Belgique pour renforcer notre action à l’international. »

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Cinq questions à Jeanine Simbizi 
Responsable Partenariats Publics

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Le développement de partenariats est au coeur de la nouvelle philosophie d’Enabel. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette philosophie?

Cette nouvelle approche se situe dans le cadre que notre ministre de tutelle a voulu donner au mandat d’Enabel. L’idée directrice est double: d’une part, il s’agit de mieux intégrer la coopération au sein de la politique étrangère menée par la Belgique dans une approche globale qui allie diplomatie, développement, défense et sécurité. D’autre part, il s’agit de mettre en avant l’expertise belge, tant celle de nos institutions publiques que celles de nos universités. 

Dans ce cadre, Enabel n’est plus un simple acteur de la coopération, mais un facilitateur, un agrégateur de compétences. Et pour pouvoir mobiliser plus rapidement ces compétences, nous avons entrepris de dynamiser des accords-cadres de coopération - avec une série d’acteurs publics et d’universités. Nous en avons déjà conclu une cinquantaine, et nous ne comptons pas nous arrêter là. Ces accords fonctionnent de manière bilatérale: nous pouvons faire appel à leurs compétences, mais ils peuvent également faire appel aux nôtres dans le cadre de leurs propres missions. 

Des acteurs institutionnels qui font appel à Enabel dans le cadre de leurs propres missions? Pouvez-vous nous en dire plus?

Prenez par exemple l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers (IMT), avec lequel nous avons un partenariat. L’IMT a récemment fait appel à nous dans le cadre d’un projet de lutte contre la trypanosomiase au Congo. Grâce à nos nombreux projets de coopération au Congo, nous avons en effet établi des relations de long terme avec une série d’acteurs de terrain dans les zones où l’IMT doit effectuer des contrôles. Plutôt que de repartir de zéro pour créer son propre réseau, l’IMT a décidé de s’appuyer sur Enabel pour cette partie de sa mission et nous a confié 3,5 millions de dollars pour la mener à bien. Pour l’IMT, c’est un usage plus judicieux de son budget, qui lui permet de consacrer plus de moyens à d’autres aspects de sa mission. Pour Enabel, c’est l’occasion de consolider encore le réseau existant. Tout le monde y gagne. 
RD Congo - ©Enabel/Dieter Telemans
Et de son côté, Enabel mobilise donc également des expertises externes?

Tout à fait! Nous faisons plus que les mobiliser, d’ailleurs: nous essayons de les combiner pour proposer des solutions intégrées dans les pays où nous intervenons. 

Nous venons par exemple de conclure un accord de partenariat avec les autorités du Port d’Anvers dans le cadre du développement du Port autonome de Cotonou, au Bénin. Cet accord devrait permettre d’aider à faire du port de Cotonou une zone économique sécurisée et de le transformer en poumon économique du Bénin. L’aspect gestion, pour lequel le Port d’Anvers intervient, n’est qu’un volet d’un programme intégré. Il y a également un aspect sécurité, où la Défense belge intervient dans la sécurisation des eaux autour du port. Enfin, les douanes belges apportent pour leur part un soutien technique aux autorités douanières du Bénin. 

Ce genre de projet permet à la fois de contribuer à nos objectifs de développement des pays partenaires, mais aussi de positionner la Belgique en tant qu’expert de ces questions en Afrique de l’Ouest. L’Union européenne compte d’ailleurs nous confier d’autres missions de ce type dans la région. Pour le Port d’Anvers, c’est également une excellente chose, puisqu’il renforce sa notoriété et sa présence à l’international. Par ailleurs, la collaboration au niveau opérationnel permet d’intensifier les liens entre la Belgique et les pays d’Afrique de l’Ouest en termes de sécurité et de gestion des douanes. 
« Plutôt que de travailler seul pour développer son propre réseau, l’Institut de Médecine Tropicale a décidé de s’appuyer sur Enabel. Pour l’IMT, c’est un usage plus judicieux de son budget, qui lui permet de consacrer plus de moyens à d’autres aspects de sa mission. Pour Enabel, c’est l’occasion de consolider le réseau existant. Tout le monde y gagne. »
Un autre aspect important de votre travail est la mutualisation des efforts dans le cadre d’actions financées par des bailleurs de fonds externes, comme l’Union européenne.

Tout à fait. Cela va plus loin que notre rôle de facilitateur: l’idée est de mutualiser les efforts menés par Enabel et ses partenaires. Nous travaillons par exemple en ce moment avec la KU Leuven et l’UC Louvain sur un appel à proposition pour des projets de développement et de recherche agricole au Rwanda et au Bénin. Les actions de recherche envisagées doivent renforcer ou accélérer l'innovation et la transformation agricoles, tout en traitant le changement climatique comme une question centrale.

La KU Leuven et l’UC Louvain apportent leur expertise chevronnée en recherches scientifiques et enquêtes agricoles, , et Enabel vient compléter cette offre académique par son expertise en gestion des projets agricoles et piloter l’ensemble du projet. Cette action conjointe financée par l’UE implique indirectement le partenariat avec KLIMOS, une Plateforme de recherche sur le changement climatique et la coopération au développement. 
Bénin - ©Ruben Naesens
Vous collaborez également avec des institutions belges comme le SPF Sécurité Sociale. Quel est l’intérêt pour ces institutions de participer à des projets de coopération?

En-dehors du renforcement de l’image de la Belgique dans le domaine de la gestion de la sécurité sociale, qui est plutôt un objectif de politique étrangère, il y a un renforcement des compétences au sein même de l’institution. 

Le SPF Sécurité Sociale est par exemple intervenu au Rwanda pour appuyer une réforme de la sécurité sociale. Il s’agissait de travailler sur la mise à jour de la liste des maladies professionnelles pour les travailleurs salariés, ainsi que sur des questions liées à la protection contre le risque d’invalidité. Cette mission, soit dit en passant, est financée sur le budget d’Enabel. Pour les experts du SPF Sécurité Sociale, cette nouvelle implémentation leur permet d’enrichir leur méthodologie et leur approche, ce qui, au final, bénéficie à la gestion de la sécurité sociale en Belgique. 

Pour prendre un autre exemple, la police fédérale participe à de nombreuses missions en Afrique, notamment au Burkina Faso, où nous aidons l’Etat burkinabé à optimaliser ses services de sécurité dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les policiers qui participent à ce genre de missions, au Burkina Faso ou ailleurs, nous ont expliqué que ces expériences les ont amené à développer de nouveaux systèmes de sécurité qu’ils peuvent appliquer dans d’autres pays d’Afrique. Cette expertise que nous exportons revient donc chez nous et enrichit nos pratiques. Les bénéfices de la coopération ne se limitent donc plus aux pays partenaires: par ricochet, la Belgique en profite également. 
Guinée - ©Enabel/Colin Delfosse - le port de Conakry

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