Cinq questions à Eder Gninou, expert en digitalisation au Bénin. | Enabel - Agence belge de développement

"L’imagerie par drones permettra de développer de nouveaux marchés d’exportation pour la filière ananas au Bénin"

Divider text here
Cinq questions à Eder Gninou
Expert en digitalisation au Bénin

Partager

Pourquoi se tourner vers une solution technologique aussi complexe que les drones pour renforcer une filière agricole?

Notre programme de développement de la filière ananas au Bénin repose sur deux grands objectifs. Le premier vise à améliorer les chaînes de valeur de la filière et leur positionnement sur les marchés et le second à créer un environnement favorable au développement des entreprises agricoles. L’atteinte de ces objectifs passe, entre autres, par la diffusion d'innovations technologiques pour accroître les rendements au niveau des exploitations agricoles, mais aussi améliorer la productivité des entreprises de transformation et d’exportation d’ananas frais, transformés en jus et séchés. 

En effet, le rendement de production d’ananas dépend, entre autres, de la maîtrise de l’irrigation pour diminuer les stress hydriques et les carences en nutriments. Pour y parvenir, vous devez travailler au niveau des plants individuels. La solution actuelle consiste à parcourir les champs à pied pour examiner les plants un à un avec un expert. Le ministère en charge de l’Agriculture met des conseillers à disposition des producteurs; toutefois, parcourir les champs prend énormément de temps et n’est pas exempt de risques, car les feuilles sont très coupantes. 

L’utilisation de drones et d’algorithmes d’interprétation des images capturées pendant le survol des champs accélérera le processus et donnera aux experts une base plus précise pour leurs conseils. Elle fournira aussi des informations supplémentaires pour le calcul du rendement des champs, comme un compte précis du nombre de plants, de fleurs, de fruits… Par ailleurs, ces survols aériens permettront un meilleur bornage des différentes exploitations. Ces améliorations créeront les conditions nécessaires pour professionnaliser les exploitations des quelque 5 000 producteurs d’ananas, notamment en améliorant la qualité de la production et en assurant une bonne planification et un suivi de la campagne.  
"Si la rentabilité est au rendez-vous, la question de la pérennité est vite résolue."
Cette amélioration de la qualité est-elle réellement nécessaire?

Cette amélioration est intimement liée à l’un des piliers de notre intervention, à savoir la recherche de nouveaux marchés pour la filière. Prenez, par exemple, l’accès aux marchés européens qui représentent un énorme potentiel commercial. Cet accès requiert une production répondant aux standards des distributeurs européens, qui contrairement aux marchés ouest-africains, ont des exigences de poids, de calibre et de couleur des fruits.

Pour produire des ananas frais conformes à ces exigences, les exploitants doivent mieux maîtriser les techniques de production pour assurer une bonne croissance et un bon développement de leurs ananas. Cela passe notamment par une maîtrise plus précise de l’irrigation des plants sur l’entièreté du cycle de culture — long de 18 mois — et un contrôle de la situation phytosanitaire des cultures. L’utilisation des drones permet d’y parvenir à moindre coût, ce qui offre aux agriculteurs non seulement de nouveaux débouchés à meilleur prix, mais aussi la possibilité d’améliorer leur marge bénéficiaire. 
Ce projet implique de nombreux acteurs. Qui sont-ils et comment assurez-vous une collaboration harmonieuse?

Effectivement, de nombreux acteurs publics et privés participent au projet, en Belgique et au Bénin. Sans les citer tous, je pointerai les plus importants. D’une part, deux entreprises technologiques privées sont impliquées dans le projet. Ici, au Bénin, la startup Global Partners est chargée de mettre en place les outils technologiques nécessaires à l’interprétation des images récoltées par les drones. Elle bénéficie d’un accompagnement de VITO, un centre de recherche belge spécialisée dans le développement de solutions basées sur l’imagerie aérienne, qui s’occupe aussi de l’assurance qualité des solutions développées. Enabel finance la mise en place de la solution, notamment le développement des algorithmes nécessaires à l’interprétation des images. 

Le pilotage de l’initiative est, quant à lui, assuré par un groupe de référence constitué du programme DEFIA, de l’Association Interprofessionnelle d’Ananas du Bénin et du ministère béninois en charge de l’Agriculture par le biais de l’agence territoriale de développement agricole et de la Direction des systèmes d’information. Cette implication est cruciale à nos yeux, car elle constitue une condition essentielle de la pérennisation du dispositif. Enfin, nous collaborons aussi avec une ONG appelée TechnoServe, qui conduit un projet similaire dans la filière anacarde (noix de cajou) au Bénin dans le cadre du programme Wehubit. Ce programme mis en œuvre par Enabel investit dans des projets numériques à fort impact.  

Enabel joue aussi un rôle de facilitateur. Notre but est d’éviter les doublons et de faire en sorte que le travail de chaque acteur soit complémentaire à celui des autres. Lorsque notre intervention sera terminée, la responsabilité de cette solution sera entre les mains de l’agence territoriale de développement agricole, dont les agents iront vers les producteurs pour leur fournir ces conseils.  
Vous insistez sur la nécessité d’arriver à une solution rentable pour toutes les parties impliquées. En quoi est-ce important? 

L’accessibilité financière de la solution est la principale garante de sa pérennité. Le fait que le producteur puisse bénéficier de ce service à un coût abordable, surtout au regard du gain de productivité et de l’accès à de nouveaux marchés, permet de retirer un premier obstacle à la pérennisation. Si la solution s’autofinance, alors elle n’est pas dépendante de la disponibilité d’un financement externe. Idem pour les acteurs du secteur privé: si la rentabilité est au rendez-vous, la question de la pérennité est vite résolue! 

Endosser le coût de développement de l’algorithme a permis d’assurer cette rentabilité pour toutes les parties et financer la partie expérimentale inhérente à toute activité d’innovation. Par ailleurs, les solutions mises en place pour la filière ananas peuvent sans doute s’appliquer à d’autres filières ou être utilisées dans d’autres pays, ce qui assure à la startup béninoise de nouvelles opportunités de développement et bien sûr de business. Tout le monde est gagnant! .
Où en est le projet aujourd’hui et quelles sont les prochaines étapes?

Le projet a démarré en mars 2020, mais la Covid19 a un peu ralenti son exécution. Il comprend trois phases: la collecte d’images, le développement et le paramétrage des algorithmes — qui sont entraînés grâce aux images — et enfin la formation des agents et le déploiement de la solution. Nous sommes actuellement dans la deuxième phase. Les algorithmes sont presque terminés et déjà en phase de test. La livraison et la formation interviendront début 2021.  

© pictures: Enabel/Rosalie Colfs

Découvrez d'autres stories

À Gaza, Enabel vise à donner de l’espoir aux jeunes en les aidant à créer de nouvelles entreprises. Pour relever ce défi extraordinaire, nous établissons des partenariats avec des associations locales d’entreprises et à la société civile. 
Pour passer à la vitesse supérieure, la lutte contre l’excision et les autres formes de violence liée au genre au Burkina Faso nécessite une étroite coopération entre les communautés locales, les autorités et les acteurs de terrain. 
Au Burkina Faso, la majorité des femmes ont subi des mutilations génitales féminines. En collaboration avec les communautés et le gouvernement du Burkina Faso, Enabel s'efforce de mettre fin à cette pratique.

RESTEZ INFORMÉ

Divider text here
Suivez nos actions ainsi que les dernières tendances 
en matière de coopération au développement.