« Nous sommes là pour financer des initiatives numériques dans nos pays partenaires »

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5 questions à Arnaud Leclercq
Responsable du programme Wehubit

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Enabel finance déjà une série d’initiatives de digitalisation dans les pays partenaires. En quoi le projet Wehubit est-il différent? 

Notre programme ne s’inscrit pas dans une dynamique de coopération bilatérale. Il ne s’agit pas pour nous d’aller mener une mission de A à Z en collaboration avec les autorités d’un pays partenaire. 

Le rôle de notre plateforme est de financer des initiatives numériques, menées par le secteur privé, par des associations sans but lucratif ou le secteur public. Les prêts au secteur privé seront octroyés par notre partenaire BIO, alors que les subsides pour des organisations sans but lucratif seront octroyés par Enabel. Les porteurs de projet doivent se faire connaître en s’inscrivant sur notre portail www.wehubit.be.

Autrement dit, nous n’allons pas nous-mêmes à la recherche de projets, et nous ne nous impliquons pas directement dans leur mise en œuvre. Nous sélectionnons les candidats qui nous semblent les plus prometteurs, qui s’inscrivent dans la lignée de nos principes directeurs et nous leur apportons des fonds qui les aideront à concrétiser leur initiative. Attention, il ne s’agit pas non plus de financer des startups: comme nous ne disposons pas des capacités nécessaires pour accompagner sur le terrain les idées que nous finançons, nous sélectionnons des initiatives qui ont déjà fait leurs preuves, et qui ont besoin de fonds pour passer à l’étape suivante. Pour parler le langage du monde des startups: nous finançons du scaling-up. 

Quels sont vos critères de sélection? 

Et bien, au-delà des critères d’éligibilité, nous avons mis en place une série de principes directeurs. Pour commencer, nous voulons financer des projets qui utilisent le numérique comme outil pour contribuer au développement du pays en apportant quelque chose à la population. Pour vous donner un exemple parlant, supposez un pays où il existe des régions rurales isolées, où l’accès à la médecine est difficile pour de simples raisons logistiques. S’il faut deux heures à un malade pour arriver chez le médecin le plus proche, un système qui permet des consultations à distance à l’aide de tablettes numériques peut réellement aider les autorités à assurer des soins de première ligne. Voilà pour nous un exemple intéressant.

Ensuite, nous nous basons aussi sur la note stratégique préparée par la coopération belge en 2016. Elle énonce deux principes directeurs et trois axes stratégiques: les principes directeurs sont "do no harm", donc tenir compte des effets collatéraux négatifs éventuels, et "put people first", faire passer les gens d’abord. Quant aux angles stratégiques, il s’agit d’une meilleure utilisation du big data, de la promotion d’une société plus inclusive, et de la stimulation d’une croissance inclusive et durable.

Troisièmement, nous privilégions les approches qui promeuvent le respect des droits de l’homme et qui renforcent l’État de droit. D’ailleurs, nous voulons que les initiatives sélectionnées concernent un des 14 pays partenaires d’Enabel.

Enfin, nous analysons si les projets adhèrent aux principes du développement numérique, qui sont des principes établis au niveau international par toute une série d’acteurs actifs dans le développement.
« Nous sélectionnons des initiatives qui ont déjà fait leurs preuves, et qui ont besoin de fonds pour passer à l’étape suivante. Pour parler le langage du monde des startups: nous finançons du scaling-up! »
Concrètement, comment la sélection aura-t-elle lieu?

Nous prévoyons de lancer entre 2 et 4 appels aux propositions par an, et de sélectionner les meilleurs projets. L’idée est de travailler chaque fois sur une thématique. Par exemple, le premier appel est ouvert depuis la fin juin 2018: le thème est l’inclusion, l’émancipation et les droits des femmes et des jeunes.

J’ai récemment découvert au Bangladesh un projet qui ressemble à ce que nous aimerions voir: dans les usines de textiles, les ouvrières peuvent s’inscrire à un jeu sur smartphone qui leur permet de se familiariser avec leurs droits en tant que travailleuses. C’est ce qu’on appelle de la gamification. Le dimanche, elles peuvent se retrouver au parc avec des avocats et des juristes pour parler de leurs problèmes et de la manière de les résoudre. Pour l’inclusion des jeunes, on peut imaginer des idées autour de la participation démocratique, de l’accès à l’emploi. Et de manière générale, des petits outils numériques pour apprendre à mieux gérer ses finances, par exemple. 

Ce genre de projet rompt avec ce que fait habituellement Enabel. Comment l’idée est-elle née? 

C’est le résultat d’un faisceau de changements convergents. D’une part, notre ministre de tutelle privilégie les résultats rapides et concrets, et souhaite par ailleurs pousser l’agenda numérique et renforcer le rôle du secteur privé dans la coopération bilatérale. De plus, le rôle d’Enabel évolue: nous ne sommes plus iniquement une agence de coopération bilatérale: nous nous inscrivons dans des partenariats avec d’autres acteurs, les agences publiques, le secteur privé ou les ONG, et nous intervenons aussi pour soutenir des actions de développement dont nous ne sommes pas les initiateurs ou les coordinateurs.

Vous entendez donc aussi développer de nouveaux partenariats?

L’idée est de nous positionner comme facilitateur, de promouvoir et de soutenir les initiatives de coopération entre acteurs du développement. Nous collaborons avec une plateforme gérée par Close the Gap (ONG belge) et Agoria, la fédération du secteur technologique: kindling.be. Le rôle de cet espace en ligne sécurisé est de stimuler la création d’un écosystème qui réunira tous les acteurs actifs dans la promotion du développement par les outils numériques. Une sorte de mini-réseau social où tous les acteurs, qu’ils soient publics ou privés, ONG, institutionnels, fournisseurs de services ou de technologies puissent échanger, partager des informations. 

Nous sommes également actifs dans la facilitation du dialogue politique entre l’Union européenne et le secteur privé sur la thématique du numérique pour le développement. 

Enfin, nous organiserons des événements et des conférences. L’idée est vraiment de nourrir les échanges, de stimuler les contacts et les interactions entre acteurs du développement. 

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