« Diversifier les sources de financement nous permettra d’augmenter l’impact
 de nos projets »

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Cinq questions à Jean-Yves Saliez
Responsable de la cellule Global Partnerships

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Aujourd’hui, l’État belge n’est plus le seul bailleur de fonds de l’Agence belge de développement. Pourquoi cette évolution ? 

Effectivement, plus de cinq pour cent de nos fonds proviennent aujourd’hui d’autres bailleurs, principalement de l’Union européenne, et cette part est amenée à croître beaucoup dans le futur. Nous nous sommes d’ailleurs fixé pour objectif de porter cette part à 35 % d’ici à 2022. Cette évolution peut être observée dans d’autres pays : les budgets nationaux consacrés à la coopération au développement ont tendance à diminuer, alors que l’Union européenne et d’autres organismes internationaux prennent le relais. Cela implique pour nous de nous lancer dans une recherche active de partenariats.


Quels sont les aspects positifs de ce changement ? 

Je vois trois raisons pour lesquelles l’évolution actuelle peut s’avérer positive. Tout d’abord, cette nouvelle manière de travailler nous permettra d’augmenter l’impact de nos actions. La Belgique est un pays relativement petit : disposer de financements externes peut nous permettre soit de dupliquer des actions qui ont prouvé leur impact sur le développement, soit de les mener à plus grande échelle. Ensuite – et c’est directement lié au point précédent –, nous allons pouvoir valoriser notre expertise et la mettre à disposition d’un plus grand nombre. Enfin, cela nous permettra d’enrichir nos pratiques : plutôt que de travailler uniquement dans le cadre fixé par notre ministre de tutelle, nous allons coopérer avec un plus grand nombre de bailleurs, chacun avec leurs priorités, leur manière de travailler, leurs bonnes pratiques. Nous allons donc accumuler une expérience que nous pourrons exploiter dans les interventions que nous développerons pour la Coopération belge.
L’ Agence belge de développement veut développer ses activités pour des bailleurs tiers, tels que l’UE, dans les années à venir.
Cette internationalisation du financement ne risque-t-elle pas de créer une concurrence entre agences nationales ? 

Je ne le pense pas. Les agences de développement européennes collaborent et échangent beaucoup entre elles, notamment au travers du Practitioners' Network. Nous avons tous une spécialisation géographique et chaque agence a par ailleurs développé une expertise dans certains domaines spécifiques. Nous ne sommes donc pas vraiment en concurrence, et nous travaillons même déjà en consortium. La Commission européenne, qui est le plus grand bailleur de fonds au niveau international, nous incite à travailler ensemble : elle pousse l’implémentation conjointe, ou en anglais la « joint implementation ». 

Par ailleurs, si certains pays européens, comme la France, ont d’énormes agences de développement, d’autres n’en ont pas du tout, ou alors des agences de toute petite taille. L’agence de développement de la République tchèque emploie vingt personnes, alors qu’Enabel, qui est une « petite » agence par rapport aux mastodontes dont disposent la France ou l’Allemagne, emploie 1.500 personnes. Il y a donc de la place pour tout le monde. D’autant que nous sommes des organismes publics : ce qui dirige nos actions, c’est l’intérêt général, pas le profit. Cela rejaillit forcément sur la manière dont nous nous faisons « concurrence » : une saine compétition pour plus d’impact.


Concrètement, comment abordez-vous la recherche de nouveaux projets ? 

Dans notre recherche, nous visons avant tout ce qu’on appelle la « coopération déléguée ». Il s’agit de missions qui ne s’obtiennent pas à travers un processus compétitif d’appels d’offres, mais plutôt de gré à gré. Dans tous les pays où nous sommes présents, nos représentants locaux sont en contact avec les représentants des délégations de l’UE et d’autres bailleurs. Lorsqu’ils entendent parler de nouvelles opportunités pour lesquelles la Belgique a une expérience que nous pouvons valoriser, ils font remonter l’information vers notre cellule.

De notre côté, nous organisons régulièrement des réunions avec nos experts pour passer en revue ces opportunités et décider des prochaines étapes. Cela peut aussi impliquer de prendre contact avec d’autres agences pour organiser une collaboration sur certaines interventions. C’est ce que j’appellerais une démarche « réactive » : nous réagissons aux occasions qui se présentent.

Parallèlement, nous avons adopté une démarche plus proactive, qui consiste à analyser les grands programmes de financement des bailleurs pour identifier les endroits où la Coopération belge peut avoir une expertise à valoriser. Pour le moment, par exemple, nous suivons de près les travaux du Fonds européen de développement : le onzième plan de ce fonds couvre la période 2014-2020, et la préparation du cycle suivant est aujourd’hui engagée. Nous étudions aussi les programmes de l’EU Trust Fund for Migration, un programme d’urgence mis sur pied par l’Union européenne pour tenter de ralentir les flux migratoires irréguliers (illégaux), qui sont très dangereux pour les personnes, par une politique de développement économique et de mise au travail dans les pays d’origine, entre autres.

Puisque nous parlons de spécialisation, la Belgique a-t-elle des atouts spécifiques à mettre en avant ? 

La Coopération belge a de nombreuses réussites à son actif, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, des infrastructures, de la gouvernance, de l’appui au développement économique local, notamment. Un des points positifs de la nouvelle situation est, par exemple, que nous avons repris conscience à quel point nous disposions d’une solide expérience des situations « fragiles ». 

Nous intervenons dans des pays où la situation politique ou économique est instable. Il y a plus de risques, les logiques de développement peuvent être particulièrement complexes, et la population de ces pays a aussi un niveau d’éducation plus faible, ce qui rend le recrutement sur place plus problématique. Il faut aussi tenir compte des questions de sécurité, qui sont forcément plus importantes dans ces pays. Nous avons tellement l’habitude de travailler dans ce genre de contexte que nous avions perdu de vue que c’est une compétence particulière dont toutes les agences ne disposent pas. C’est l’interaction avec d’autres agences qui nous a permis de réaliser cet élément unique. Une conséquence inattendue, mais positive, de ce nouveau contexte de travail. 

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