Cinq questions à Olivier Chanoine Responsable du projet d’assainissement ‘Sanita’ en Guinée | Enabel - Agence belge de développement

« Une gestion des déchets efficace est la première étape de l’assainissement d’une ville »

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Cinq questions à Olivier Chanoine
Responsable du projet d’assainissement ‘Sanita’ en Guinée

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Vous coordonnez un projet de collecte des déchets à Conakry, la capitale de la Guinée. En quoi consiste votre travail ?

Mon rôle est de coordonner la mise en place d’un système de gestion des déchets qui soit proche des habitants des quartiers. C’est un projet mené en coordination avec de nombreux acteurs locaux. Pour commencer, il y a les habitants et les commerces situés dans chaque quartier, puisqu’ils sont à la fois producteurs de déchets, principaux bénéficiaires de l’assainissement amélioré par la collecte des déchets, mais aussi partiellement responsables de son financement.

Le projet implique également l’Etat guinéen lui-même, par le biais de l’Agence nationale pour l’assainissement et la salubrité, qui joue le rôle de régulateur, et les communes, responsables de l’assainissement au niveau local. D’autre part, ce sont des entreprises du secteur privé qui seront chargées de la collecte et du recyclage des déchets. Elles créeront ainsi de l’emploi, par une amélioration de la collecte de déchets et par le système de recyclage généralisé.

Par ailleurs, le projet implique une réfection des voiries et du système d’égouttage, et nous coordonnons nos efforts avec la Direction de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme. Sur ce volet d’aménagement des voiries viendra d’ailleurs se greffer un projet de formation par le travail, les chantiers écoles.
« Pour assaini une ville, une bonne gestion des déchets est un préalable indispensable. Qui ne peut avancer qu’en parallèle avec la rénovation des voiries, et avec une vraie implication des habitants. »
Ça fait quand même énormément d’acteurs et donc un énorme travail de coordination et de diplomatie…

Certainement, mais en même temps, tout est dans tout. Prenez la situation actuelle à Conakry, le volume de précipitations annuelles moyennes sont de 3760 mm. En comparaison, les précipitations annuelles à Bruxelles sont de 850 mm. En cas de fortes précipitations, les déchets qui jonchent les rues sont emportés dans le système d’égouts. Dans le meilleur des cas, ils sont alors déversés dans l’océan, polluent l’eau et les plages de la zone littorale, et se retrouvent sur les plages de la ville par le jeu des marées.

Dans le pire des cas, avant d’arriver dans l’océan, ils bouchent certains égouts, ce qui crée des inondations et bloque certains quartiers pendant plusieurs jours. Sans même s’attarder sur les conséquences économiques pour la population et les commerces de quartier, cette eau stagnante remplie de déchets, entraîne de nombreux problèmes sanitaires.

Autrement dit, si vous voulez agir pour l’assainissement et la santé de la ville, une bonne gestion des déchets est un préalable indispensable. Mais elle ne peut avancer qu’en parallèle avec la rénovation des voiries, et avec une vraie implication des habitants. D’où la nécessité d’avancer de manière coordonnées sur tous les fronts!
©ColinDelfosse/Enabel
Le programme ne s’arrête pas à la collecte, mais inclut dès le départ le recyclage. Pour quelles raisons?

Ce qui coûte cher dans la collecte des déchets, c’est le transfert des déchets vers une zone aménagée. Il n’existe qu’une seule solution pour faire des économies sur ce poste : réduire les quantités à transférer.

Actuellement, nous sommes à 0,4 kg de déchets par habitant et par jour. D’après les analyses, ces déchets contiennent actuellement 20% de plastique, 12% de papier, plus de 50% de produits compostables, des canettes métalliques et un peu de bois et de déchets inertes. Le système actuel permet de collecter 20 à 30% de ces déchets. Un nouveau système en récoltera la majorité.

Mais le recyclage permettra entre autres de récupérer toute partie utile de ces déchets pour créer de nouveaux produits ou les réintégrer dans le processus industriel. Autrement dit, un système de recyclage local installé dans les quartiers devrait permettre de réduire les déchets collectés à 0,1 à 0,2 kg par habitant et par jour tout en laissant le quartier quasi parfaitement propre.
©ColinDelfosse/Enabel
Vous insistez sur la collaboration avec la population et les ‘chefs de quartier’ .

Un tel système ne peut fonctionner que s’il suscite l’adhésion totale et active des habitants. Notamment parce que ce sont eux qui vont financer une partie de la collecte. Il faut donc qu’ils acceptent ce principe. En gros, un système de collecte et de tri des déchets tel que nous l’envisageons devrait coûter, s’il est efficace, entre 1,50 et 3 euros par ménage et par mois. C’est un budget à intégrer dans le budget familial, mais qui reste abordable pour la plupart des ménages. L’idée est de faire payer une cotisation à toute la population afin de permettre des économies d’échelle, et de demander aux ménages d’effectuer le premier tri à leur niveau afin de ne pas ‘polluer’ les déchets recyclables. Par ailleurs, il faudra faire accepter le principe d’une cotisation réduite, voire nulle, pour les revenus les plus bas. En clair, les contributions plus élevées des ménages nantis financeront la participation des plus indigents.

Je pense que nous obtiendrons l’adhésion de la population si nous prenons le temps de bien comprendre les enjeux au sein des quartiers. Tout le monde à Conakry en a assez de la situation actuelle, où les déchets sont en permanence dans les rues: c’est un bon moteur de changement.

Notre idée est de sélectionner, dans les 132 quartiers que compte Conakry, ceux où les collectes fonctionnent le mieux, avec des chefs de quartier actifs et bien acceptés par la population. Nous les prendrons comme premières zones pilotes, et nous y travaillerons à l’amélioration du système pour arriver à plus de 80% de déchets collectés. les actions pilotes serviront ensuite d’exemple pour les autres zones, afin de faire progressivement tache d’huile.
©ColinDelfosse/Enabel
La formation et l’insertion professionnelle font partie intégrante du projet ?

L’aménagement des voiries et de l’égouttage permet d’organiser des ‘chantiers-écoles’ est de former des habitants pour qu’ils puissent continuer à travailler dans le domaine de l’assainissement et du drainage. Par ailleurs, la collecte des déchets et le recyclage nécessitent au moins deux à trois équivalents temps plein par 100 habitants, ce qui permet aussi d’envisager une formation - prérequis à l’emploi. Ces gens pourront au fur et à mesure venir renforcer les PME qui se lancent dans le recyclage, et aider à l’organisation des systèmes de collecte.

La dimension ‘emploi et formation’ est un critère important pour Enabel, tout comme l’implication du secteur privé. Nous bénéficions d’un financement substantiel de l’Union européenne, et l’utiliser pour faire émerger un système pérenne cadre parfaitement avec nos objectifs et nos valeurs.

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