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23 décembre 2025
AleDia au Mali : quand la technologie sauve des vies et libère le potentiel des femmes
Imaginez un centre de santé au Mali. Un enfant arrive au centre de Kokry avec des signes de pneumonie. Malheureusement, un bénévole insuffisamment formé diagnostique un paludisme simple et administre un traitement inadapté. L’état de l’enfant ne s’améliore pas. Lors d’une réévaluation, un algorithme identifie une pneumonie grave, permettant au soignant de corriger l’erreur initiale. Grâce à cette correction, l’enfant reçoit enfin le traitement approprié et retrouve la santé, confirmée par ses parents.
Derrière cette réalité se trouve AleDia, une innovation sociale numérique qui améliore la prise en charge et le suivi dans certains centres de santé. Cette solution aide à poser les bons diagnostics et à assurer une prise en charge adaptée, réduisant ainsi les risques liés aux erreurs médicales.
Face aux défis persistants de la malnutrition et de la mortalité infantile, Terre des Hommes a développé AleDia : un Algorithme d’Aide à la Décision Clinique (AADC) installé sur des tablettes. Avec le soutien de la Belgique via le programme Wehubit 2.0, Terre des Hommes souhaite répliquer cette solution dans d’autres districts, notamment à Markala, au Mali.
Le genre comme pilier stratégique
Parce que la santé des enfants dépend aussi de l’autonomie des femmes, AleDia intègre le genre comme pilier stratégique. Dans les communautés maliennes, les femmes sont les principales responsables de la santé des enfants, et elles se heurtent à des obstacles : manque d’information, faible pouvoir décisionnel, contraintes sociales. Suite à ces constats, le projet AleDia a décidé d’agir sur trois fronts :
- L’autonomisation des mères qui comprennent mieux les soins et participent activement au suivi médical de leur enfant.
- Le renforcement des agentes de santé qui reçoivent des formations adaptées qui sont traduites en langues locales. Les agentes de santé reçoivent également un accompagnement pour surmonter les barrières liées à leur statut ou à leur niveau d’instruction.
- L’implication des hommes via des sensibilisations à la parentalité positive pour un partage des responsabilités au sein des familles.
Kadidiatou : l’histoire d’une autonomie retrouvée
Avant AleDia, il était difficile de suivre un enfant en consultation. Sans archivage, impossible d’accéder aux dossiers si le Directeur Technique n’était pas là. Aujourd’hui, grâce à la tablette, je peux consulter seule, suivre le protocole, prescrire sans hésiter. Je me sens autonome et efficace. Quand je vois les enfants revenir en bonne santé, je me sens valorisée.
AleDia a aussi changé la relation avec les familles : « Au début, les mamans pensaient qu’on jouait avec la tablette. Maintenant, elles demandent qu’on l’utilise. Cela a renforcé la confiance et augmenté la fréquentation du centre. »
Pour une égalité réelle
Kadidiatou insiste : « Les femmes doivent être comptées, reconnues comme importantes. Il faut leur donner accès aux formations et des responsabilités réelles. Tout ce que les hommes peuvent faire, les femmes doivent aussi pouvoir le faire. Nous avons les capacités, à condition qu’on nous fasse confiance. »
Son témoignage révèle un enjeu majeur : dans le district de Markala, seules deux femmes dirigent un centre sur vingt. Parmi les huit structures couvertes par AleDia, une seule femme occupe ce rôle. Kadidiatou, aujourd’hui suppléante, aspire à franchir ce cap.
Une innovation pour un changement durable
Pour Dramane, chef de projet AleDia : « L’innovation n’a de sens que si elle bénéficie à toutes et tous. En intégrant le genre, AleDia ne se contente pas de sauver des vies, le projet réduit les inégalités et renforce l’autonomie des femmes. »
AleDia prouve qu’en conjuguant technologie et égalité, on peut bâtir un avenir où chaque enfant a accès à des soins de qualité et chaque femme à un rôle reconnu.
© Copyright photos : Terre des Hommes