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04 décembre 2025

Booster l’entrepreneuriat agricole à Mbeya

Entretien avec Léonie Kahle (27), ancienne Experte Junior en Tanzanie

Group of people with white coats in front of a food prcessing company.

À seulement 25 ans, Léonie a décidé de continuer à explorer le domaine de la coopération internationale à travers le Programme Junior. Après plusieurs étapes, de Kinshasa à Francfort, elle s’est retrouvée à Mbeya en Tanzanie pour travailler avec Rikolto. Le fil rouge de ses expériences à l’international : utiliser l’entrepreneuriat comme un levier pour promouvoir l’équité.

 

Léonie n’est pas tombée dans ce secteur par hasard. Après avoir étudié le travail social, un choix inspiré par son envie de contribuer à une société plus juste , elle s’est rendue compte qu’elle ne voulait pas se limiter à la Belgique, mais voir plus loin. « Ma mère est originaire de Côte d’Ivoire et une partie de sa famille a grandi dans des zones rurales avec des moyens modestes. Beaucoup de personnes ont pourtant accompli des choses incroyables avec très peu. Mais le fait que tout le monde ne parte pas avec les mêmes chances m’a frappée dès mon plus jeune âge. »

Elle a décidé de retourner à l’université et a obtenu un master en études démographiques et développement à l’ULB, où elle s’est concentrée sur l’Afrique subsaharienne, l’éducation et les marchés du travail. « Quand on étudie l’Afrique subsaharienne et l’employabilité, on se rend vite compte que dans de nombreux pays de la région, les opportunités d’emploi pour les jeunes sont trop rares. Iels se tournent donc vers l’économie informelle et l’entrepreneuriat. »

 

De Kinshasa à Mbeya

La thèse de Léonie portait sur l’entrepreneuriat féminin à Kinshasa. Elle a travaillé avec de jeunes entrepreneuses et a pu constater directement la créativité qui naît souvent de la nécessité. « L’entrepreneuriat ne doit pas être idéalisé, ce n’est pas une solution miracle aux inégalités systémiques, mais il peut offrir des opportunités de générer des revenus et de renforcer les communautés locales. »

Alors qu’elle commençait son stage de six mois à la GIZ (l’Agence allemande pour la coopération internationale) à Francfort, Léonie a vu l’offre d’emploi publiée par le Programme Junior pour travailler pour l’ONG belge Rikolto sur l’entrepreneuriat en Tanzanie. Après son séjour à Kinshasa, une ville de 20 millions d’habitant·es qui ne dort jamais, elle était impatiente de continuer à travailler sur le sujet, mais dans un endroit moins tumultueux, loin de l’insécurité qui accompagne la vie dans une grande ville. Mbeya, une ville tanzanienne d’un peu moins de 240 000 habitant·es, dans une atmosphère montagneuse plus détendue, semblait parfaite pour cela.

« Il n’y a pas de grands supermarchés ni de cinémas à Mbeya, mais je pouvais rentrer chez moi à pied le soir, prendre des motos-taxis sans souci et randonner dans les montagnes derrière ma maison. Un environnement vraiment apaisant. »

 

 

Woman and men pose for a picture in front of a field.
Léonie rend visite à l’un des jeunes entrepreneurs agricoles.
2 women pose for a picture holding jars of honey.
Léonie avec Agnès (à gauche), qui a transformé son idée de beurre de cacahuète en une PME prospère.

Encourager les jeunes entrepreneur·rices agricoles

En tant qu’experte junior, Léonie a travaillé avec Rikolto sur le projet Generation Food Accelerator, qui fait partie du programme AgriConnect financé par l’UE. Une initiative destinée à aider les jeunes entrepreneur·rices dans l’agriculture, des agriculteur·rices aux transformateur·rices, en passant par les prestataires de services comme les développeur·euses d’emballages.

Tout a commencé par un bootcamp où plus de 100 entrepreneur·rices débutant·es ont présenté leurs idées. 77 d’entre eux·elles ont été sélectionné·es pour bénéficier d’un mentorat, d’une formation et d’un financement de démarrage, les meilleures entreprises recevant ensuite jusqu’à 9 millions de shillings tanzaniens ((à peu près 3150 euros).

Le rôle de Léonie : assurer la coordination — vérifier les budgets et les factures, suivre les mentors et les incubateurs, et assurer la coordination entre cinq régions autour de Mbeya. « Le plus dur, c’était la logistique : certain·es partenaires étaient à six heures de route. Organiser des événements signifiait planifier longtemps à l’avance, veiller à ce que tout le monde puisse être présent·e et respecter le budget. »

Ce que Léonie a le plus aimé dans son travail ? Être en contact avec ces jeunes entrepreneur·rices, surtout les femmes. « L’entrepreneuriat donne aux femmes l’occasion de vraiment montrer leurs idées au monde. J’ai l’impression que la société ne leur laisse pas toujours la place pour le faire, mais ici, elles ont vu une opportunité et l’ont saisie pleinement. »

Une histoire l’a particulièrement marquée : celle d’Agnes, mère de deux enfants, qui s’est lancée dans la production de beurre de cacahuète. D’abord femme au foyer, elle a transformé son idée en petite entreprise, obtenant finalement une licence pour vendre ses produits au supermarché. Avec le soutien du programme, elle a acheté du matériel, développé sa production et acquis une moto pour livrer ses produits. « Elle était tellement fière qu’elle est venue me montrer sa moto. Sa détermination m’a inspirée. »

 

A top view of a food market in Mbeya Tanzania
Léonie (à gauche, avec un t-shirt noir) à un marché de producteurs dans la région de Mbeya.

 

Ajouter le secteur créatif à son parcours

Aujourd’hui, Léonie travaille à temps partiel à la Solvay Brussels School of Economics and Management. En parallèle, elle est coordinatrice du suivi et de l’évaluation chez Africalia, qui promeut les industries culturelles et créatives africaines. Elle y voit une réelle valeur ajoutée : considérer également le secteur culturel comme un moteur de changement social.

« Fait amusant : je suis spécifiquement le projet Jeunesse Créative, qui améliore l’accès des jeunes en RDC aux activités socioculturelles et qui est soutenu par Enabel. J’ai l’impression que la boucle est bouclée. »

Cette année à Mbeya a beaucoup appris à Léonie sur elle-même : « J’ai maintenant l’impression de mieux savoir ce que je défends, ce que j’aime, ce qui est important pour moi et quel genre de personne je veux être. Je réfléchis davantage au travail que nous faisons, j’accepte plus sereinement ce que je peux et ne peux pas contrôler, et j’ai plus confiance en moi pour partager mes idées. Avant, j’avais peur d’être perçue comme “autoritaire” lorsque j’exprimais mes préoccupations. Le coaching proposé par le Programme Junior m’a vraiment aidée à surmonter cela, et je n’hésiterais pas à renouveler l’expérience. »

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