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23 juin 2026
« Certaines personnes travaillent incroyablement dur, et pourtant peinent encore à subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. »
Interview avec Astrid Lindfelt, Expert·e Junior chez Enabel au Maroc
Astrid travaille avec Enabel au Maroc depuis plus d’un an. Son travail porte sur le Travail Décent, en promouvant des conditions de travail équitables, sûres et fondées sur les droits pour tous. Avec ses collègues, elle veille à ce que chaque projet d’Enabel au Maroc intègre cette perspective de « travail décent ». « Je suis passionnée par l’amélioration des opportunités d’emploi et des conditions de travail, en particulier pour les jeunes, les femmes et les groupes vulnérables. Le programme de coopération bilatérale Maroc‑Belgique vise justement cet objectif. »
Astrid a étudié l’anthropologie sociale et le droit international au Royaume‑Uni et aux États‑Unis. Avant de participer au Programme Junior, elle a travaillé en Suisse et en France, et aujourd’hui, cela fait plus d’un an qu’elle travaille au Maroc avec Enabel sur la thématique du Travail Décent. Plongez avec nous dans sa vie professionnelle et personnelle en tant que Expert·e Junior à Rabat.
En quoi consiste exactement votre travail ?
Je travaille dans le cadre du programme de coopération bilatérale entre le Maroc et la Belgique (2024–2029) « Maroc Horizons Emploi ». Ce programme contribue à une résilience socio‑économique inclusive et durable au Maroc. Enabel collabore avec le Ministère de l’Inclusion Économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences ainsi qu’avec d’autres partenaires institutionnels et locaux. Nous nous concentrons sur les jeunes, les femmes et les populations vulnérables dans les régions de l’Oriental et du Haut Atlas. Nos activités comprennent la formation professionnelle, le soutien à l’entrepreneuriat et l’accès à un emploi décent.
Mon rôle axé sur le travail décent est transversal, ce qui signifie que je soutiens les collègues à travers les régions et les projets : Rabat/Casablanca, région de l’Oriental, région du Haut Atlas. Deux aspects clés de mon travail sont le renforcement des capacités sur l’Agenda du Travail Décent et l’accompagnement des équipes dans les activités des programmes avec un focus sur le travail décent.
Pouvez-vous expliquer ce que signifie le Travail Décent ?
Au cours de mon expérience dans plusieurs pays, j’ai rencontré des personnes qui travaillent très dur, mais qui ne gagnent toujours pas suffisamment ou n’ont pas accès à certains droits garantissant un niveau de vie décent pour soutenir leur famille. En résumé, le Travail Décent signifie non seulement avoir un emploi, mais avoir un emploi de qualité qui offre un revenu équitable, la sécurité au travail et une protection sociale, conformément à l’ODD 8.
Comment s’est passée jusqu’à présent votre installation dans un nouveau pays et une nouvelle ville, ainsi que votre adaptation à un nouvel environnement de travail ?
Cette première année a été très positive. La manière de vivre et de travailler est différente de ce que j’avais connu auparavant, mais une fois la phase d’adaptation passée et après avoir mieux compris les normes culturelles au Maroc, je me suis sentie très vite chez moi. Les collègues ont été très accueillants dès le départ, ce qui m’a permis de m’intégrer rapidement dans l’équipe.

Où observez-vous des différences de normes culturelles ?
J’ai eu la chance de connaître le Maroc sur le plan personnel, car mon mari est marocain. J’ai rendu visite à sa famille plusieurs fois, mais je n’avais jamais vécu ni travaillé au Maroc. Cela signifiait que je devais tout de même m’adapter à la manière dont les choses fonctionnent ici. Par exemple, on ne se lance pas directement dans le travail lors d’une réunion : on commence par demander comment va la personne, on s’intéresse sincèrement à l’humain derrière le professionnel qui se trouve en face de soi.
À quoi ressemble une journée de travail type pour vous ?
Le matin, j’ai généralement des réunions avec les partenaires du programme et les collègues. Ensuite, je peux analyser de nouveaux contenus à intégrer dans la boîte à outils du Travail Décent. L’après‑midi, je peux évaluer un appel d’offres ou animer une session d’introduction sur le Travail Décent pour un nouveau collègue rejoignant Enabel ou pour l’un des partenaires avec lesquels nous travaillons dans le cadre du programme de coopération bilatérale Maroc‑Belgique.

Pouvez-vous expliquer ce qu’est la boîte à outils du Travail Décent ?
Il s’agit d’un site web développé par Enabel en collaboration avec HIVA/KU Leuven. Il contient des outils pratiques et des sources d’inspiration pour promouvoir et mesurer le travail décent dans le monde, y compris dans des contextes fragiles, à faible revenu et caractérisés par une forte informalité. Avec une collection de bonnes pratiques, de résultats de recherche et de modules d’e‑learning, c’est une excellente source d’information ouverte à tous.
Êtes-vous particulièrement fière d’une contribution spécifique ?
Le travail que nous faisons est entièrement collaboratif, et je suis fière de faire partie de l’équipe, aux côtés de collègues et partenaires compétents. Je souhaite mentionner quelques moments marquants de l’année écoulée : j’ai visité nos bureaux de terrain à Oujda et à Marrakech, ce fut un vrai plaisir d’échanger en personne avec mes collègues et de voir le travail important qu’ils accomplissent.
Par ailleurs, j’ai eu l’opportunité d’assister à des événements importants dans le domaine du travail décent, comme la 6ᵉ Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants tenue à Marrakech en février 2026. J’ai également participé à une formation sur le dialogue social organisée par l’OIT ; cela a été très enrichissant.
De manière générale, j’apprécie mon rôle et je prends beaucoup de plaisir à travailler avec des collègues de différents pays. Par exemple, je travaille actuellement avec des collègues d’Enabel en Ouganda et en RD Congo sur un module d’e‑learning sur le travail décent ainsi que sur d’autres supports qui seront prochainement publiés en ligne par Enabel pour les partenaires et experts intéressés par ce sujet.

Comment avez-vous découvert le Programme Junior ?
Il y a quelques années, mon amie Chloé a travaillé comme Expert·e Junior au Sénégal. Lorsque j’ai vu qu’elle avait repartagé une offre d’emploi du Programme Junior sur LinkedIn en 2024, cela m’a immédiatement rappelé son parcours inspirant. Le Programme Junior, bien que de niveau débutant, offrait l’opportunité de collaborer directement avec des collègues et partenaires au Maroc, tout en faisant partie d’un réseau mondial de jeunes experts. Comme je cherchais un poste dans la coopération internationale et que mon mari avait une opportunité professionnelle au Maroc, toutes les étoiles semblaient alignées.
Qu’est-ce que vous appréciez le plus à Rabat ?
La vie à Rabat est très agréable ! Le climat n’est ni trop chaud ni trop froid, les habitants sont chaleureux et accueillants, et la cuisine est délicieuse. Je mange souvent des plats marocains, à la maison comme à l’extérieur. Le msemen et le couscous sont mes préférés ! Comme Rabat est une ville côtière, je peux régulièrement promener mon chien Milo sur la plage. Une autre activité que j’aime beaucoup est de me perdre dans l’ancienne médina de Rabat et de savourer un thé à la menthe aux Oudayas.