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11 mai 2026
Minerais critiques : concilier souveraineté stratégique et responsabilité globale
Dans un contexte mondial marqué par le renouveau des politiques industrielles et une incertitude géopolitique accrue, l’accès aux matières premières critiques est devenu un enjeu majeur de souveraineté stratégique. Essentiels aux industries énergétiques, automobiles, militaires et électroniques, ces minerais sont au centre de tous les systèmes énergétiques et numériques mondiaux.
Mais cette quête d’autonomie soulève une question centrale, notamment pour les pays de l’Union européenne : comment sécuriser l’approvisionnement, tout en garantissant aux pays producteurs une exploitation responsable et durable ?
Entre autonomie stratégique européenne et développement industriel africain
En 2025, l’Union européenne identifie 34 matières premières critiques et 17 matières premières stratégiques indispensables à son économie. Ainsi, les terres rares, le nickel ou encore le cobalt sont essentiels aux technologies de la transition énergétique (éoliennes, panneaux solaires), tandis que le lithium, le graphite et le phosphate jouent un rôle clé dans la fabrication des batteries et le stockage d’énergie.
Avec le Critical Raw Materials Act, l’UE a établi un cadre pour accélérer le développement de projets miniers durables et inclusifs, tout en diversifiant ses sources d’approvisionnement et ses partenariats.
Dans ce contexte et en raison de leur riche dotation en métaux et minéraux critiques et stratégiques, les pays africains apparaissent comme des partenaires clés : le développement de projets miniers et industriels sur leurs territoires représente donc un enjeu géostratégique mondial et une opportunité de développement économique majeure.
Mais il s’accompagne aussi de défis : en effet, bien que l’exploitation minière offre des opportunités considérables de développement industriel, cette dépendance aux ressources naturelles pose également des défis macroéconomiques et de gouvernance. Au-delà des incertitudes économiques, le secteur minier est aussi confronté à une consommation énergétique intensive, à laquelle s’ajoutent de nombreuses préoccupations environnementales et sociales liées à l’extraction et au commerce de ces ressources.
L’engagement d’Enabel se situe à l’intersection de ces deux dynamiques : forte de son expertise et de son expérience sur le continent africain, l’agence accompagne les acteurs africains et européens – publics comme privés – dans la mise en œuvre d’une gestion plus transparente et durable des ressources minières, vectrices d’emplois décents et de création de valeur pour les populations locales.
En RD Congo, une approche intégrée du secteur minier
La République démocratique du Congo, qui assurait selon la Banque Mondiale plus de 74 % de la production mondiale de cobalt en 2021, illustre pleinement la relation entre enjeu géostratégique et développement local : au niveau central, Enabel appuie le ministère congolais des Finances dans l’élaboration et la mise en œuvre de sa feuille de route 2025-2027, afin d’améliorer la gestion macrobudgétaire et financière des ressources minières et pétrolières. Cela permet de renforcer la transparence et le suivi des investissements et des recettes de l’État.
Au niveau régional, dans les pôles miniers du Haut‑Katanga et du Lualaba, Enabel appuie le développement des compétences, afin de renforcer l’emploi décent, la chaîne de valeur (extraction, industrie de transformation) et la durabilité du secteur. À Kolwezi (Lualaba), l’agence a noué un partenariat avec un sous‑traitant minier pour former des jeunes en électricité industrielle selon des standards internationaux, tout en équipant les centres de formation et en renforçant les capacités des formateur·rices locaux·ales.
À Lubumbashi (Haut-Katanga), dans le cadre du projet européen Unis pour l’Éducation et l’Emploi, Enabel appuie les centres de formation afin de proposer des parcours directement liés aux métiers du secteur minier et paraminier (maintenance, mécanique, conduite d’engins, logistique), combinés à des stages en entreprise. Cette approche part des besoins réels des entreprises pour construire des formations orientées vers l’emploi.
Parallèlement, Enabel agit pour améliorer les conditions de travail dans le secteur minier : l’agence a notamment formé des mineurs artisanaux sur leurs droits et la sécurité au travail, soutenu l’inspection du travail, organisé des campagnes de sensibilisation et renforcé les syndicats en partenariat avec des organisations belges et congolaises.
Enfin, ces actions s’inscrivent dans une vision plus large liée aux corridors stratégiques soutenus par l’initiative européenne Global Gateway – notamment le Corridor de Lobito – conçus non seulement comme des infrastructures de transport, mais aussi comme de véritables corridors de développement verts et inclusifs. Enabel intègre le développement des compétences dans les pôles miniers situés le long de ces corridors, en ciblant les métiers clés de l’exploitation responsable, de la logistique, de la maintenance et des services énergétiques.