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11 mai 2026
Sahel : histoires de résilience
Le Sahel est souvent évoqué à travers le prisme de ses fragilités : insécurité persistante, changement climatique, tensions sociales et économiques. Pourtant, investir dans sa stabilité est aussi un enjeu stratégique pour l’Europe.
L’engagement de la Belgique dans la région vise précisément à soutenir des dynamiques locales et régionales qui renforcent la résilience des communautés et préviennent les tensions à long terme. Dans ce contexte, Enabel appuie des initiatives qui renforcent les services publics, favorisent l’intégration des personnes déplacées et améliorent l’accès à des services essentiels comme la santé et l’éducation.
Au Burkina Faso, elle se traduit notamment par une approche concertée de la gestion des ressources naturelles. Au Niger, elle s’illustre entre autres par un investissement durable dans l’éducation des jeunes – et en particulier des filles.
Climat et ressources naturelles : renforcer la cohésion sociale
Au Burkina Faso, l’insécurité, les mouvements de population et les effets du changement climatique accentuent la pression sur l’accès à la terre et à l’eau, fragilisant les relations entre communautés.
Pour y répondre, Enabel soutient le développement agricole, notamment les champs-écoles paysans : cette approche participative permet aux producteurs d’adopter des techniques agroécologiques, d’accroître la sécurité alimentaire et économique, et de renforcer la résilience de l’agriculture face aux aléas climatiques.
Dans les provinces du Ganzourgou et du Kouritenga, l’aménagement de rizières s’accompagne d’un travail sur les droits fonciers et d’un dialogue entre éleveurs, agriculteurs et autorités locales pour déterminer les règles d’accès et de gestion des terres. La concertation transforme ainsi un facteur de tension potentiel en levier de stabilité.
À Dassoui, la construction d’un point d’eau pour le bétail (forage pastoral) a désengorgé les zones de cohabitation entre agriculteurs et éleveurs, réduisant les conflits liés à l’accès aux ressources : « C’est une bonne chose, car cela permet de mieux gérer les activités agricoles et d’élevage », souligne le Directeur provincial en charge de l’agriculture du Kouritenga.
Le dialogue entre services techniques, autorités locales et communautés agricoles constitue l’un des piliers du succès de ces actions. Des conflits fonciers mineurs ont pu être résolus grâce à l’engagement des leaders locaux.
Les femmes se trouvent en première ligne de cette approche.
Sabine Ouandaogo, l’une des 300 femmes engagées dans cette démarche à Dassoui, témoigne : « Avant, nous achetions du riz pour la consommation. Aujourd’hui, nous produisons notre propre riz, ce qui nous permet de scolariser nos enfants et de résoudre nos problèmes familiaux. »
Ces initiatives illustrent la manière dont l’adaptation climatique peut être combinée à la prévention des conflits : sécuriser les ressources et soutenir l’agriculture renforce à la fois la cohésion sociale et la résilience économique.
« L’école fait avancer un pays »
Au Niger, le renforcement de l’éducation s’inscrit dans un programme plus large, articulé autour de l’accès aux soins de santé essentiels, la résilience climatique et de la gouvernance locale.
Dans la région rurale de Dosso, l’insécurité, les inégalités sociales et le manque d’infrastructures compromettent l’accès à l’école, en particulier pour les filles. Les mariages précoces – 76 % des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans – ainsi que des normes sociales contraignantes freinent leur scolarisation. A cela s’ajoute des conditions d’apprentissage difficiles : classes en paillottes, températures dantesques, absence d’accès à l’eau et à l’électricité.
Face à ces défis, Enabel travaille avec le Ministère nigérien de l’Education nationale pour garantir l’accès et le maintien des filles à l’école tout en améliorant la qualité de l’enseignement.
Huit collèges bioclimatiques et mieux adaptés aux fortes chaleurs ont été construits et équipés de bibliothèques, salles informatiques, laboratoires et aires de sport. Des panneaux solaires garantissent l’accès durable à l’électricité, et des forages l’accès à l’eau potable. La construction de toilettes séparées pour filles et garçons favorise la présence continue des filles, y compris pendant les périodes menstruelles.
Au-delà des infrastructures, le projet renforce la qualité de l’enseignement et la gouvernance locale : formation des enseignants aux pédagogies inclusives et aux technologies numériques, mais aussi prévention des violences basées sur le genre et déploiement d’une plateforme d’e-learning.
Les communautés locales sont également mobilisées – comités de gestion, associations de mères éducatrices – afin de promouvoir l’éducation des filles : en combinant lieu d’apprentissage et de dialogue communautaire, cette approche pérennise la cohésion sociale. La mise en place de bourses réduit la pression financière sur les familles vulnérables et permet aux filles – traditionnellement très sollicitées pour les tâches domestiques – de rester à l’école.
À Dosso, l’école devient progressivement un véritable centre de vie, et un levier essentiel pour le développement et la stabilité de la région. Comme le résume un chef de village : « L’école fait avancer un pays. »