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27 mai 2026

Quand travail et vie se rejoignent : six années au Niger

Interview avec Stephanie Eeckman – ancienne Experte Junior chez Enabel

En 2015, Stephanie est partie au Niger comme Experte Junior en communication et capitalisation* chez Enabel. Elle y est finalement restée presque six ans, d’abord chez Enabel puis à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Cette période a marqué sa vie, tant sur le plan professionnel que personnel : elle s’y est mariée et y a eu sa première fille. Aujourd’hui, la famille vit à nouveau en Belgique et Stephanie travaille chez Trias comme Transition Manager.

 

Lorsque Stephanie a postulé pour le Programme Junior d’Enabel, le temps pressait. Elle venait d’avoir 30 ans et savait que c’était sa dernière chance de participer. « C’était ma dernière occasion de me lancer, et je ne voulais pas la laisser passer. »

Après ses études en sciences de la communication, Stephanie a travaillé trois ans et demi chez Trias en Belgique, principalement dans la collecte de fonds . Elle a contribué à réfléchir à une nouvelle stratégie visant à décentraliser la collecte de fonds internationale, en s’éloignant de Bruxelles pour se rapprocher des régions elles-mêmes. Un travail enrichissant, mais très théorique. Comme elle n’avait pas d’expérience expérience pratique sur place, cela a commencé à la travailler.

« J’étais arrivée à un point où j’étais frustrée par mon travail », raconte-t-elle. « Tout ce que je faisais était théorique. Mais comment être sûre que ce que je concevais sur papier fonctionnait réellement en pratique ? Bien sûr, on recueille des retours des partenaires sur place, mais malgré tout, je ressentais le besoin d’acquérir moi-même cette expérience. » Lorsqu’une mobilité interne dans ce sens n’a pas été possible, le Programme Junior lui a offert une solution.

 

Group of young men sit in the back of a pickup truck, woman stands besides the car.
Stéphanie dans le cadre de son travail de outreach-officer pour le OIM.

 

Le Niger comme choix professionnel et personnel

Stephanie a postulé pour des postes dans plusieurs pays, mais le Niger est devenu sa destination finale. Ce choix avait aussi une dimension personnelle : son partenaire, originaire du Burkina Faso, pouvait ainsi facilement la rejoindre dans le pays voisin.

Dès le début, Stephanie s’est sentie bien à Niamey, où elle travaillait pour le bureau pays d’Enabel comme junior en communication et capitalisation. Cette combinaison lui semblait logique. La communication correspondait à ses études, tandis que la capitalisation lui apportait ce qu’elle recherchait : une compréhension approfondie du fonctionnement des projets, de la manière dont les leçons sont tirées de la pratique et partagées.

Dès le premier jour, Stephanie s’est sentie intégrée à l’équipe. La représentation d’Enabel comptait une douzaine de collaborateurs et travaillait de manière étroite. « Je n’étais pas “la junior”, mais un membre à part entière de l’équipe », dit-elle.

Ses collègues l’ont aidée dans des aspects pratiques tels que trouver un logement, acheter des meubles et découvrir la ville. Socialement aussi, elle s’est rapidement intégrée. « Les afterworks hebdomadaires y ont certainement contribué. Je me suis vite sentie à ma place. »

 

A group of women working in Niger pose with their outfit for women's day in Niger.
Stéphanie avec ses collègues d’Enabel lors de la Journée de la femme nigérienne.

 

Des opportunités pour évoluer

La petite taille de l’équipe Enabel au Niger a joué en sa faveur. De nombreux responsables de projets travaillaient depuis Niamey, avec des déplacements réguliers vers différentes régions du pays. Cela réduisait la distance entre les projets. Stephanie pouvait facilement poser des questions et voyager régulièrement pour visiter les activités sur le terrain.

En même temps, sa fonction n’était pas entièrement définie. Elle a dû en partie construire son rôle elle-même : « La première année a surtout consisté à découvrir », explique-t-elle. « Comprendre l’organisation et voir ce que je pouvais faire dans ma fonction. Le fait de pouvoir travailler deux ans comme experte junior est une vraie valeur ajoutée. »

Grâce à des responsables soutenants, elle a eu la liberté d’expérimenter dans son travail. « J’ai mis en place des trajectoires de capitalisation pour tirer des enseignements, organisé des ateliers et collaboré avec des chargés de communication au sein des projets, avec une attention particulière à l’accompagnement et au renforcement et développement des compétences. »

Après deux ans chez Enabel, Stephanie a rejoint l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le Niger était alors un important pays de transit pour les migrants vers la Libye et l’Algérie. En tant qu’outreach officer (chargée de sensibilisation de terrain), elle coordonnait des équipes qui informaient les migrants des risques, les orientaient vers une aide et organisaient, si nécessaire, des missions de search-and-rescue pour des personnes abandonnées en cours de route.

Au fil du temps, le programme de l’OIM s’est fortement développé : davantage de bureaux, plus de responsabilités, notamment en matière de missions de recherche et sauvetage. Stephanie y est finalement restée trois ans.

 

Big group of young people pose for a group picture while smiling.
Stephanie au travail pour l’OIM avec une équipe de mobilisateurs communautaires;

 

Vie, amour et famille à Niamey

Parallèlement à sa croissance professionnelle, Stephanie a construit une vie privée riche. Son partenaire l’a rapidement rejointe à Niamey. Ils se sont mariés quatre ans plus tard au Niger, lors d’une grande fête hors de la ville. « C’était vraiment une journée magnifique, avec amis et famille. Nous avons eu quelques problèmes d’électricité, mais cela n’a dérangé personne. La famille de mon mari est entièrement composée de musiciens », raconte-t-elle. « À chaque coupure d’électricité, ils jouaient de la musique. C’était comme un mini-festival. »

Famille et amis sont également venus de Belgique pour l’occasion. Un souvenir qu’elle garde précieusement. Leur premier enfant a également grandi bébé au Niger. Elle décrit la vie familiale comme détendue. « L’ambiance est très naturelle et décontractée . Bien plus qu’en Belgique, il est normal d’emmener les enfants partout. » Cela rendait la vie plus simple pour une jeune famille.

Il y a pourtant eu des moments difficiles. Pendant sa grossesse, Stephanie a contracté le paludisme. Elle a reçu rapidement les soins appropriés, mais cela lui a fait prendre conscience de la vulnérabilité que l’on peut ressentir sans connaissances du pays ni accès à des soins de qualité.

Ce que Stephanie retient fortement, c’est la ressemblance qu’elle perçoit entre les Nigériens et les Belges. « Plutôt réservés au premier contact », explique-t-elle, « mais une fois la première barrière franchie, ce sont des personnes chaleureuses et ouvertes. » Et elle ajoute en riant : « et d’excellents fêtards ! »

Cependant, si la liberté de mouvement était encore importante en 2015, la situation sécuritaire s’est progressivement dégradée à partir de 2020. Les restrictions se sont multipliées. « Juste avant notre départ, nous ne pouvions plus quitter la ville sans escortes militaires », raconte-t-elle. L’attaque de Kouré en 2020 a été un élément déterminant dans sa décision de revenir en Belgique.

Cette décision n’a pas été facile, mais nécessaire pour la famille. « Si la situation sécuritaire se stabilise à nouveau au Niger, j’aimerais y retourner, si ce n’est pour des vacances. »

 

Stephanie lors d’un festival du film organisé par l’OIM et consacré aux récits de migration.

 

La pertinence du programme

Aujourd’hui, Stephanie travaille de nouveau chez Trias, d’abord en tant que Responsable des Programmes et Partenariats et, depuis peu, comme Transition Manager. Elle dirige des équipes et s’appuie quotidiennement sur ce qu’elle a appris au Niger : patience, pragmatisme et l’importance du réseau.

Elle est très claire à propos du Programme Junior : « Il est incroyablement important que les jeunes aient une telle opportunité. » La durée, en particulier, a été essentielle. « Il m’a fallu une année entière pour trouver ma place. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut réellement avoir un impact. »

Au sein de Trias, plusieurs (anciens) Junior Experts travaillent également : « Tous les juniors que nous avons engagés sont exceptionnels. Ils travaillent dur, sont très motivés et flexibles. C’est aussi agréable de les voir évoluer par la suite. »

Pour elle, une chose est certaine : travailler dans la coopération internationale reste précieux. Non pas parce que c’est facile, mais parce que cela oblige à porter un regard différent : sur le travail, sur les autres et sur le monde.

——–

* La capitalisation dans le contexte de la coopération internationale consiste à documenter de manière systématique, tout au long de la mise en œuvre d’un projet, tant les réussites que les défis, avec une attention particulière lors de sa clôture, afin d’en tirer des enseignements pour les projets futurs. 

 

 

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