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7 août 2026
Reportage Photo: Dans les yeux et voix des femmes Karimojong
Changement climatique et conflits: l’impact sur les filles, femmes et rôles genrés dans la région du Karamoja, Nord-Est Ouganda
Au Karamoja, dans le nord de l’Ouganda, un lien clair et direct a été établi entre le changement climatique, les conflits, les déplacements de population et les migrations. Une approche fondée sur les droits humains est essentielle pour souligner l’importance de la protection des droits des personnes déplacées, en tenant davantage compte de la dimension de genre, car les femmes et les filles peuvent être confrontées à des conséquences plus graves et/ou différentes du changement climatique et de la migration. C’est dans cet esprit que Mathilde, qui travaillait pour ASF en tant que experte junior, a décidé de recueillir les témoignages de femmes de cette région et de leur donner la parole pour qu’elles racontent leur réalité.
Ensemble avec Merel Meersman, qui était également Experte (chez Enabel), Mathilde a mené ce projet de recherche dans le cadre d’un parcours d’éducation à la citoyenneté mondiale. Comme elles travaillaient toutes deux en Ouganda, elles ont souhaité explorer ensemble la situation des réfugiés dans le pays. Une étude documentaire a orientés vers la région du Karamoja, où des sécheresses extrêmes, des inondations et la rareté des ressources naturelles affectent depuis des années l’approvisionnement alimentaire et les moyens de subsistance des populations, et entraînent une recrudescence de la violence lors des raids pour voler du bétail.
Découvrez leurs histoires à travers les récits et photos de Mathilde
Ces deux femmes nous racontent l’exposition aux violences qu’elles subissent. D’une part, il y a l’insécurité liée aux distances qu’elles parcourent pour aller chercher le bois pour leur foyer ou pour générer des revenus. D’autre part, les mariages forcés et les mutilations génitales sont encore monnaie courante dans la région: les enfants, dont les filles, restent à la maison et ne sont pas scolarisées. Dès lors, lorsque leurs mères sont occupées avec différentes tâches hors du foyer, elles se retrouvent seules et sont exposées à tous types de violences.
On nous confie qu’une évolution et intensification des conflits dans la région ont été observées. Avant, les conflits étaient plus organisés et concernaient seulement les raids animaliers. Maintenant, depuis l’introduction des armes en 1972, les attaques sont aussi dirigées contre les humains, notamment pour des règlements de comptes entre voisins. Les attaques sont devenues de plus en plus violentes et sont liées au changement climatique car les populations de la région bougent plus et se retrouvent sur les mêmes terres, déjà pauvres en ressources. Pour ces femmes, le gouvernement n’est pas assez réactif lors d’éruption de conflits. Les tensions se font principalement ressentir à l’approche de la frontière avec le Kenya, où les populations kényanes traversent la frontière pour nourrir leurs animaux en Ouganda.
Nous discutons des rôles genrés: les femmes sont chargées d’énormément de tâches ménagères et financières. Les femmes nous confient que les rôles évoluent mais qu’elles font toujours face à des barrières. Elles doivent notamment encore demander la permission à leurs maris pour certaines choses, ne peuvent acquérir de propriétés, doivent verser leur salaire aux hommes, n’ont pas de compte bancaire, etc.
Lorsqu’on aborde la question des enfants avec ce groupe de femmes de tous âges, on observe une grande différence entre les générations. Les doyennes nous confient qu’elles voulaient et faisaient encore beaucoup d’enfants dans l’idée que nombre d’entre eux.elles n’allaient pas survivre. Or, elles avaient besoin de mains pour contribuer au foyer et/ou de revenus que ces enfants pouvaient générer. De nos jours, les plus jeunes n’ont pas les moyens de nourrir et de s’occuper de beaucoup d’enfants, elles préfèrent dès lors en avoir moins.
Le collier en argent porté par cette jeune femme symbolise son mariage. Un grand nombre de jeunes filles et femmes se retrouvent veuves car leurs maris sont tués lors des conflits. Celle-ci décide tout de même de garder son collier, en honneur à son mari défunt.
Ces rencontres avec ces femmes et ces filles nous ont ouvert les yeux sur leur réalité. Elles sont extrêmement exposées aux violences dans la région du Karamoja de par l’impact du changement climatique (comme expliqué dans l’article) et l’intensification des conflits. Les rôles évoluent: les femmes ne restent plus uniquement à la maison. Mais ce changement s’observe principalement par obligation, peut-on alors vraiment parler d’émancipation? Et à quel prix?
Envie d’en savoir plus ?
Ce projet de recherche est né d’une collaboration entre deux Expertes Juniors en Ouganda, Merel et Mathilde. Tandis que Mathilde se chargeait des photos, Merel a rédigé un article sur la situation des Karamojong. Vous pouvez découvrir son récit ci-desous (uniquement disponible en Anglais).